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Covid-19 : la relance économique sera-t-elle verte ?

AfriqueVérité 08 Mai 2020 - 14H50 1925 vues
Une nouvelle étude d’économistes de l’université d’Oxford souligne qu’une sortie de crise du Covid-19 sera plus efficace si les plans de relance mettaient l’accent sur l’économie “verte”. Ils ne sont pas les seuls à faire ce constat. Mais est-ce suffisant pour convaincre les États ?

N’en déplaise aux compagnies aériennes, groupes pétroliers, et autres industries polluantes, qui, tous aux abois économiquement, demandent un soutien financier pour survivre à la récession engendrée par le Covid-19. Le meilleur chemin pour garantir, que la reprise soit bien au rendez-vous après le choc pandémique, est de se mettre "au vert", ont conclu des économistes de l’université d’Oxford, dans une vaste étude, publiée par l’Oxford review of economic policy mardi 5 mai, et soutenue par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie 2001. Quitte à sacrifier les pollueurs du monde d’avant la pandémie ou à conditionner toute aide à ces secteurs à des efforts concrets pour préserver l’environnement.

Ils rejoignent ainsi un cortège toujours plus important de décideurs et d’organisations internationales qui plaident pour des plans de relance intégrant massivement des investissements dans les énergies renouvelables. Le Parlement européen, la Banque mondiale, l’ONU, à travers son secrétaire général, Antonio Guterres, ou encore le pape François semblent tous vouloir que la reprise soit “durable”, aussi bien économiquement que d’un point de vue environnemental.

Oublier les vieilles recettes de 2008 ?

Mais, alors que ces déclarations font essentiellement appel à la bonne volonté des États, sans entrer dans le détail de ce que pourrait être un plan de relance “vert”, les économistes d’Oxford exposent une feuille de route précise, tout en expliquant pourquoi les recettes passées risquent d’être moins efficaces cette fois-ci.

Les économistes mettent en garde contre la tentation de croire que c’est dans les vieux pots, ceux de 2008 en l’occurrence, que l’on ferait les meilleurs plans de relance. Un soutien financier massif et indiscriminé aux banques et entreprises au bord de la faillite, accompagné de mesures fiscales comme des réductions de TVA pour doper la consommation se heurterait aux particularités du choc économique engendré par la crise sanitaire. “Les incertitudes liées à la situation actuelle sont plus profondes qu’en 2009. Ce qui peut pousser les individus à être plus prudents avec leurs dépenses, réduisant l’efficacité des incitations fiscales”, notent les auteurs de l’étude. Ils remettent aussi en cause l’intérêt économique de voler au secours des avionneurs ou des compagnies de croisières si, comme ce serait à prévoir, les habitudes de déplacement et de tourisme vont être durablement transformées par l’épisode pandémique.

“En 2008-2009, les gouvernements avaient la conviction que le soutien à l’économie devait primer sur les politiques environnementales, qui pouvaient être sacrifiées le temps de résorber la crise”, explique Cameron Hepburn, l’auteur principal de l’étude d’Oxford, dans une tribune publiée sur le site Carbon Brief. Préserver l’emploi et éviter une envolée de la pauvreté étaient plus urgent que de soigner Mère nature. Mais, même à l’époque, les pays ayant profité de l’occasion pour investir dans les technologies “vertes” ont eu plus de succès pour sortir du marasme économique, affirment les auteurs de l’étude.

Des mesures “vertes” rapidement applicables

Pour parvenir à cette conclusion, les économistes d’Oxford ont analysé 196 plans de sauvetage déployés dans le monde après la crise financière. La soixantaine ayant laissé une large place aux investissements dans les énergies renouvelables ou dans des projets d’isolation du bâti ont permis de mieux lutter contre la hausse du chômage à court terme, tout en améliorant sur le long terme l’efficacité économique du pays. “Des chantiers comme l’isolation des immeubles nécessitent de mobiliser rapidement une main d’œuvre peu qualifiée, qui est souvent le plus durement frappée par une crise économique”, note l’étude.

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Ce qui était déjà vrai en 2008, le serait encore plus aujourd’hui, d’après ces experts. L’un des principaux reproches fait à l’époque aux investissements dans l’économie verte est qu’ils prenaient du temps à se concrétiser, parce qu’il s’agissait de technologies nouvelles. “L’efficacité d’un plan de relance en temps de crise dépend de la rapidité avec laquelle il peut être exécuté pour remettre les gens au travail”, reconnaissent les économistes d’Oxford. En matière d’emplois, il était plus facile de sauver une mine de charbon que de construire, par exemple, des sites de captage de CO2, une technologie qui n’en était alors qu’à ses débuts.

Mais l’accord de Paris sur le climat est passé par là, ouvrant une ère nouvelle et féconde pour la recherche consacrée à la lutte contre le réchauffement climatique. Résultat : “Il y a beaucoup plus de projets prêts à l’emploi qui pourraient être très rapidement mis en œuvre”, estime Cameron Hepburn. L’installation d’un réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques, une meilleure couverture Internet à haut débit pour favoriser le télétravail et, par conséquent, réduire les déplacements en voiture ou encore la réhabilitation des milieux naturels pour favoriser la biodiversité sont autant de pistes proposées par les économistes d’Oxford. “Autant de projets qui, en outre, sont en phase avec la nouvelle réalité de distanciation sociale”, souligne l’étude. 

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De la parole aux actes ?

Encore faut-il que les décideurs ne passent pas à côté de ces opportunités. La réponse financière initiale n’est pas de bon augure. Sur les 7 300 milliards de dollars débloqués au niveau mondial pour limiter le contrecoup économique de la pandémie “nous estimons qu’environ 4 % des fonds sont consacrés à des projets ‘verts’”, soulignent les économistes de l’université britannique. 

Mais ils espèrent qu’il ne s’agit que de la première vague, destinée à venir en aide en urgence aux plus démunis et aux secteurs les plus touchés. Il y aurait cependant de l’espoir : plus de 200 responsables politiques et économiques, dont des banquiers centraux, des ministres des Finances, des économistes du FMI, ainsi que des chefs d’entreprise, ont été chargés d’évaluer plusieurs plans de relance concoctés par les économistes d’Oxford. Tous ont jugé que le soutien aux compagnies aériennes, le renflouement pur et simple des entreprises en quasi-faillite sont les mesures les moins efficaces pour sortir de la crise. En revanche, les investissements dans l’énergie “propre”, dans l’amélioration de la connectivité et dans la recherche et le développement figurent parmi les mesures les plus “désirables” aux côtés de l’augmentation temporaire des salaires ou du soutien aux petites et moyennes entreprises.

Les auteurs de l’étude reconnaissent les limites d’un tel sondage. Il peut y avoir un fossé entre ce qui est désirable et les mesures qui sont ensuite mises en œuvre lorsque les responsables politiques doivent faire face à la pression de l’opinion et des lobbies. 

Il suffirait en outre qu’un ou deux pays majeurs ignorent ces préconisations pour qu’un tel plan censé réconcilier reprise économique et lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial tombe à l’eau. Les États-Unis de Donald Trump ne semblent pas être sur la même longueur d’onde que les économistes d’Oxford, constate la BBC. Le président américain a répété à plusieurs reprises que le sauvetage du très polluant secteur pétrolier était l’une de ses principales priorités. Idem pour la Chine qui “sait être attendue au tournant pour remettre sa machine à produire en marche afin de soutenir l’économie mondiale”, souligne la BBC. Pas sûr que Pékin entende l’expression “remettre ses clignotants économiques au vert” de manière très respectueuse pour l’environnement.    

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