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Routes ivoiriennes : Pourquoi l’hécatombe continue

AfriqueVérité 29 Août 2026 - 01H38 vues
Les accidents se multiplient sur les routes ivoiriennes malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation et les mesures du gouvernement.

La Côte d’Ivoire modernise son réseau routier, construit des autoroutes, réhabilite des axes et multiplie les campagnes de sensibilisation. Pourtant, derrière cette transformation des infrastructures demeure une réalité douloureuse. Durant les six premières semaines de 2026, les autorités ont recensé 519 accidents corporels ayant occasionné 164 morts et 1 934 blessés. Ces chiffres imposent une question essentielle. Pourquoi continue-t-on de mourir autant sur les routes ivoiriennes ?

Les causes sont multiples et dépassent largement la seule qualité des infrastructures. Excès de vitesse, dépassements dangereux, téléphone au volant, alcool, fatigue, non-respect des feux et des distances de sécurité, surcharge, imprudence et mauvais état de certains véhicules constituent autant de facteurs de risque. À cela s’ajoute une cohabitation parfois difficile entre automobiles, poids lourds, transports collectifs, deux-roues et piétons. Une route moderne ne garantit donc pas automatiquement une route sûre lorsque les comportements ne progressent pas au même rythme que les infrastructures.

Le paradoxe mérite d’être souligné. Plus une chaussée est améliorée, plus certains automobilistes peuvent être tentés d’augmenter leur vitesse. La sécurité routière ne se résume donc pas au bitume. Elle repose sur une chaîne complète associant qualité des infrastructures, signalisation, éclairage, contrôle, formation des conducteurs, entretien des véhicules, discipline des usagers et efficacité des secours. Une faiblesse à l’un de ces niveaux peut transformer une erreur de conduite en drame.

Des progrès ont certes été enregistrés ces dernières années, mais le nombre de victimes reste préoccupant. Derrière chaque décès se trouvent une famille endeuillée, des enfants parfois privés d’un parent, une entreprise qui perd un collaborateur ou un foyer qui perd son principal soutien économique. Le coût des accidents ne se mesure donc pas seulement en vies humaines. Il se traduit aussi par des hospitalisations, des handicaps, des pertes de revenus et une charge économique importante pour les familles comme pour la collectivité.

La réponse doit désormais dépasser les campagnes ponctuelles. Les contrôles de vitesse et d’alcoolémie doivent être réguliers, les véhicules techniquement dangereux effectivement écartés de la circulation et les sanctions appliquées avec suffisamment de constance pour devenir dissuasives. Les professionnels du transport de personnes et de marchandises portent également une responsabilité particulière. La pression des délais, la fatigue des chauffeurs ou la recherche excessive de rentabilité ne peuvent justifier des comportements mettant des vies en danger.

La formation constitue l’autre grande bataille. La sécurité routière devrait s’apprendre bien avant l’obtention du permis de conduire. Écoles, collèges, lycées, auto-écoles, entreprises de transport, associations et médias peuvent contribuer à installer une véritable culture nationale de prudence. Porter une ceinture ou un casque, ralentir devant une école, respecter un feu rouge, laisser traverser un piéton ou renoncer à conduire lorsque l’on est épuisé doivent devenir des réflexes plutôt que des comportements imposés uniquement par la crainte d’une sanction.

La question des secours doit également être placée au cœur de la stratégie. Après un accident grave, quelques minutes peuvent déterminer les chances de survie. Rapidité de l’alerte, disponibilité des ambulances, coordination des secours, accessibilité des lieux d’accident et capacité des structures sanitaires à traiter les traumatismes lourds constituent le dernier maillon d’une politique efficace de sécurité routière.

La Côte d’Ivoire ne gagnera donc pas cette bataille uniquement en construisant davantage de routes. Elle devra parallèlement construire une nouvelle culture de la responsabilité. Conducteurs, transporteurs, motocyclistes, piétons, entreprises et pouvoirs publics doivent comprendre qu’un comportement dangereux engage souvent la vie d’autres personnes. Une route moderne n’est véritablement une réussite que lorsqu’elle permet à ceux qui l’empruntent d’arriver vivants à destination.

Les 164 morts et 1 934 blessés recensés durant les six premières semaines de 2026 ne doivent pas devenir de simples statistiques. Derrière chaque chiffre se trouve une vie, une famille et parfois un destin brutalement interrompu. La véritable urgence est désormais de transformer la sécurité routière en responsabilité nationale permanente. Parce qu’aucune minute gagnée sur la route ne vaut une vie perdue.

 Noelle Rabe 

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