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PENDANT QUE LA CHINE CONNECTE LE CERVEAU À LA MACHINE, QUELLE PLACE POUR L’AFRIQUE ?

AfriqueVérité 23 Sep 2026 - 00H53 vues
La Chine , de par ses prouesses technologiques, avance à toute berzingue.

La Chine vient de franchir une étape majeure dans la course mondiale aux neurotechnologies. Avec NEO, une interface cerveau-machine implantable autorisée à entrer dans la pratique médicale, des signaux cérébraux peuvent être décodés pour aider des personnes paralysées à commander un dispositif d’assistance. Au-delà de la prouesse médicale, cette avancée pose une question stratégique. Quelle place l’Afrique entend-elle occuper dans les technologies qui façonneront le XXIᵉ siècle ? La frontière entre le cerveau humain et la machine continue de reculer. Développé en Chine, NEO repose sur un implant capable d’enregistrer l’activité cérébrale associée à l’intention de mouvement. Les signaux recueillis sont ensuite décodés pour commander notamment un dispositif robotisé destiné à assister certains mouvements.Pour les personnes souffrant de paralysie à la suite de lésions de la moelle épinière, l’enjeu est considérable. Une technologie longtemps cantonnée aux laboratoires entre progressivement dans le champ médical.

 UNE NOUVELLE FRONTIÈRE TECHNOLOGIQUE

 Aujourd’hui, l’objectif est thérapeutique. Demain, les interfaces cerveau-machine pourraient ouvrir de nouvelles perspectives dans la communication entre l’homme et la machine. Les scénarios concernant la mémoire, l’apprentissage ou l’augmentation cognitive restent plus prospectifs, mais une réalité s’impose déjà. Les grandes puissances investissent dans les neurotechnologies. Intelligence artificielle, robotique, informatique quantique, biotechnologies et interfaces cerveau-machine dessinent une nouvelle géographie de la puissance mondiale. Et c’est précisément là que commence la question africaine.

 L’AFRIQUE NE PEUT PAS RESTER CONSOMMATRICE DE L’AVENIR

 Le véritable sujet n’est pas que la Chine avance trop vite. Le véritable enjeu est de savoir si l’Afrique avancera suffisamment vite pour participer elle aussi à la construction des technologies de demain. Le continent dispose d’une population exceptionnellement jeune, de chercheurs, d’ingénieurs, de médecins, de développeurs et d’entrepreneurs capables d’innover. Mais le potentiel humain ne devient puissance économique que lorsqu’il rencontre des universités performantes, des laboratoires équipés, des financements, des entreprises innovantes et des institutions solides. Le défi africain est donc moins celui de l’intelligence disponible que celui de l’écosystème permettant à cette intelligence de produire.

 TRANSFORMER LA JEUNESSE EN CAPITAL HUMAIN

 Il serait trop facile d’opposer recherche scientifique et cultures populaires. Une jeunesse peut se divertir et inventer. Le problème apparaît lorsque le divertissement devient plus accessible, plus valorisé et parfois mieux financé que la connaissance, la recherche et l’entrepreneuriat.Combien consacrons-nous à nos laboratoires ? Combien d’étudiants africains peuvent transformer leurs travaux universitaires en entreprises technologiques ? Combien de chercheurs disposent d’équipements compétitifs ? Combien d’innovateurs trouvent sur le continent les capitaux nécessaires pour développer leurs inventions ? Une Nation qui veut maîtriser son avenir doit donner davantage de place à ses chercheurs, ingénieurs, scientifiques et entrepreneurs.

 LA LIBERTÉ SCIENTIFIQUE EST AUSSI UNE INFRASTRUCTURE

 La recherche ne prospère pas seulement avec de l’argent. Elle a besoin de liberté, de confrontation des idées et d’institutions capables de protéger la pensée scientifique.Une société qui décourage la contradiction ou affaiblit ses institutions scientifiques réduit progressivement sa capacité d’innovation. Les États africains doivent donc consacrer davantage d’énergie à l’éducation, à la recherche, à l’industrie, au numérique et à la création de richesses.Le développement scientifique devient ainsi inséparable de la qualité des institutions.

 PASSER DE LA CONSOMMATION À LA CRÉATION

 L’Afrique ne part pas de zéro. Des pôles technologiques émergent, des chercheurs africains participent aux grandes avancées scientifiques internationales et des start-up développent des solutions adaptées aux réalités du continent.L’enjeu est désormais de changer d’échelle. Il faut renforcer les universités scientifiques, financer durablement la recherche, rapprocher les laboratoires des entreprises, développer des fonds africains d’innovation, protéger la propriété intellectuelle et faciliter la transformation des découvertes en industries.Il faut surtout considérer chaque jeune Africain bien formé non seulement comme un demandeur potentiel d’emploi, mais comme un possible créateur de connaissances, d’entreprises et de technologies.

 L’AVENIR N’ATTEND PERSONNE

 NEO n’est finalement qu’un symbole parmi d’autres. Aujourd’hui, ce sont les interfaces cerveau-machine. Demain apparaîtront d’autres ruptures technologiques que nous imaginons à peine. À chaque révolution reviendra la même question. Serons-nous seulement utilisateurs des technologies conçues ailleurs ou participerons-nous à leur invention ? L’Afrique n’a pas besoin d’imiter la Chine, les États-Unis ou l’Europe. Elle doit construire sa propre puissance scientifique en fonction de ses besoins, de ses ressources et de ses ambitions. Car la souveraineté du XXIᵉ siècle ne se mesurera plus seulement à la superficie des territoires ou aux richesses du sous-sol. Elle se mesurera aussi à la capacité des peuples à produire du savoir, à transformer la connaissance en technologie et la technologie en prospérité. L’avenir n’attend personne. L’Afrique peut participer à son écriture, à condition de faire de l’intelligence de sa jeunesse l’une de ses premières richesses stratégiques.

 Noelle Rabe 

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