ORPAILLAGE ILLÉGAL : 315 SITES DÉGUERPIS, MAIS QUI FINANCE ENCORE LES RÉSEAUX ?
Les opérations de déguerpissement se multiplient contre
l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire. Mais derrière les sites démantelés et
les équipements saisis demeure une question plus difficile à traiter. Qui
finance les exploitations, organise les circuits et permet aux réseaux de se
reconstituer après le départ des forces de l’ordre ?
La lutte contre l’orpaillage illégal ne peut plus se mesurer
uniquement au nombre de sites détruits. Si 315 sites ont effectivement été
déguerpis sur la période considérée, ce chiffre traduit l’ampleur de l’action
publique, mais révèle aussi celle d’un phénomène suffisamment structuré pour
occuper des centaines de zones d’exploitation. Car un site clandestin ne
fonctionne pas seul. Il faut des capitaux pour acheter ou louer des engins,
financer le carburant, rémunérer la main-d’œuvre, organiser le transport,
acquérir du matériel et écouler l’or extrait. Derrière les orpailleurs visibles
sur le terrain existe donc nécessairement une chaîne économique qu’il faut
identifier. C’est précisément là que le combat doit changer d’échelle. Détruire
un chantier traite la manifestation du phénomène. Remonter jusqu’aux
financeurs, aux intermédiaires et aux circuits de commercialisation permettrait
d’en attaquer le modèle économique.
L’enjeu environnemental est tout aussi considérable.
L’orpaillage clandestin peut dégrader les sols, fragiliser les terres agricoles
et affecter les cours d’eau. Dans les régions concernées, la question dépasse
ainsi la sécurité publique. Elle touche directement l’agriculture, l’accès à
l’eau et l’avenir économique des populations rurales.
Les enquêtes patrimoniales et financières, le contrôle des
circuits d’achat de l’or, la traçabilité des engins lourds et la coopération
entre administrations pourraient ainsi compléter les interventions menées sur
le terrain. La Côte d’Ivoire gagnerait également à publier périodiquement un
tableau de bord détaillé précisant les sites démantelés, les zones réoccupées,
les engins saisis, les procédures judiciaires engagées et les superficies
restaurées. La transparence permettrait de mesurer non seulement l’intensité
des opérations, mais surtout leur efficacité dans la durée. Déguerpir 315 sites
constitue un résultat opérationnel important s’il est confirmé par les données
officielles correspondantes. Mais le véritable succès commencera lorsque le
démantèlement d’un site conduira aussi à l’identification de la chaîne qui le
finance. Car dans la lutte contre l’orpaillage illégal, arrêter les pioches est
nécessaire. Remonter jusqu’à l’argent qui les met en mouvement est décisif.
Noëlle Rabe

