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ORPAILLAGE ILLÉGAL : 315 SITES DÉGUERPIS, MAIS QUI FINANCE ENCORE LES RÉSEAUX ?

AfriqueVérité 08 Oct 2026 - 21H18 vues
La lutte contre l'orpaillage clandestin bat son plein. Il urge de traquer davantage les financiers.

Les opérations de déguerpissement se multiplient contre l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire. Mais derrière les sites démantelés et les équipements saisis demeure une question plus difficile à traiter. Qui finance les exploitations, organise les circuits et permet aux réseaux de se reconstituer après le départ des forces de l’ordre ?

La lutte contre l’orpaillage illégal ne peut plus se mesurer uniquement au nombre de sites détruits. Si 315 sites ont effectivement été déguerpis sur la période considérée, ce chiffre traduit l’ampleur de l’action publique, mais révèle aussi celle d’un phénomène suffisamment structuré pour occuper des centaines de zones d’exploitation. Car un site clandestin ne fonctionne pas seul. Il faut des capitaux pour acheter ou louer des engins, financer le carburant, rémunérer la main-d’œuvre, organiser le transport, acquérir du matériel et écouler l’or extrait. Derrière les orpailleurs visibles sur le terrain existe donc nécessairement une chaîne économique qu’il faut identifier. C’est précisément là que le combat doit changer d’échelle. Détruire un chantier traite la manifestation du phénomène. Remonter jusqu’aux financeurs, aux intermédiaires et aux circuits de commercialisation permettrait d’en attaquer le modèle économique.

 Après le déguerpissement, le risque du retour

 Une autre question mérite d’être posée. Que deviennent les sites après les opérations ? Sans surveillance durable, restauration environnementale et contrôle régulier, certaines zones peuvent être exposées à une réoccupation. Le véritable indicateur de réussite ne devrait donc pas seulement être le nombre de sites évacués, mais aussi le nombre de sites demeurés durablement libérés plusieurs mois après l’intervention.

L’enjeu environnemental est tout aussi considérable. L’orpaillage clandestin peut dégrader les sols, fragiliser les terres agricoles et affecter les cours d’eau. Dans les régions concernées, la question dépasse ainsi la sécurité publique. Elle touche directement l’agriculture, l’accès à l’eau et l’avenir économique des populations rurales.

 Suivre l’argent pour atteindre le sommet des réseaux

 La prochaine étape pourrait être financière. Qui achète l’or provenant des exploitations clandestines ? Comment les engins sont-ils financés ? Quels circuits permettent de transformer une production illégale en revenus apparemment réguliers ? Ces interrogations doivent être traitées avec méthode et sur la base d’enquêtes établissant les responsabilités individuelles. Il ne s’agit pas de désigner des coupables sans preuves, mais de déplacer progressivement le centre de gravité de la lutte du simple chantier clandestin vers l’ensemble de sa chaîne de financement et de commercialisation.

Les enquêtes patrimoniales et financières, le contrôle des circuits d’achat de l’or, la traçabilité des engins lourds et la coopération entre administrations pourraient ainsi compléter les interventions menées sur le terrain. La Côte d’Ivoire gagnerait également à publier périodiquement un tableau de bord détaillé précisant les sites démantelés, les zones réoccupées, les engins saisis, les procédures judiciaires engagées et les superficies restaurées. La transparence permettrait de mesurer non seulement l’intensité des opérations, mais surtout leur efficacité dans la durée. Déguerpir 315 sites constitue un résultat opérationnel important s’il est confirmé par les données officielles correspondantes. Mais le véritable succès commencera lorsque le démantèlement d’un site conduira aussi à l’identification de la chaîne qui le finance. Car dans la lutte contre l’orpaillage illégal, arrêter les pioches est nécessaire. Remonter jusqu’à l’argent qui les met en mouvement est décisif.

Noëlle Rabe  

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