Secteur du vivrier Coulibaly Fatogoma (Pdt marché Clêman): « J’ai une somme d’expériences pour bâtir un grand marché »
Comment vous est venue l'idée de
fonder ce marché et avec qui, comment s'est fait le processus de mise sur pied
de ce marché ?
Il faut dire
que c'est une vieille idée. Après mes études universitaires, j'ai rejoint le
monde du vivrier. Et j’ai travaillé pêle-mêle avec Nanti Lou Rosalie, avec Irié
Lou Collette. J'ai travaillé aussi avec Mme Boti. Et vu ces différents marchés,
l'idée m'est venue, d'une manière très précoce, de pouvoir mettre en place
aussi un marché modèle, encourageant les acteurs du vivrier de ces différents
marchés que j'ai déjà rencontrés. Donc, j’ai décidé de mettre en place aussi un
marché avec beaucoup d'atouts. J’ai une somme d’expériences pour bâtir un grand
marché. Et aussi bien pour moi, que pour ceux qui vont vendre dans ce marché que
ceux qui viendront pour se ravitailler.
Alors M. Koulibaly, est-ce
qu'aujourd'hui vous pouvez dire avec certitude que vous avez tous les papiers
légaux, toutes les autorisations nécessaires pour exercer
?
Oui, je peux dire que les documents
nécessaires, Je puis vous dire que j’occupe avec certitude cette réserve foncière.
Et cela en partenariat avec le propriétaire de l'espace pour aussi longtemps
que possible. Ensuite avec la mairie, il n'y a aucun souci, j'ai déjà sollicité
la mairie pour les documents qui sont en cours d'élaboration.
Mais d'ores
et déjà, je puis vous dire que nous
travaillons en étroite collaboration avec la mairie. Non, à ce niveau il n'y a
pas de souci. Au niveau du ministère, une fois que la mairie est saisie, je
pense que le ministère est saisi. Donc je pense qu'à mon niveau, légalement, je
n’ai pas de souci à me faire. Je pense
que je dois mettre un point d’honneur à améliorer mes activités.
Une chose est d'avoir cette
expérience, cette somme d'expérience-là, une chose est d'avoir la technicité,
mais une autre, comme vous le disiez tout à l'heure, c'est d'avoir également
autour de vous des femmes, des personnes qui pourront
approvisionner suffisamment ce marché. Est-ce que vous avez aujourd'hui des
coopératives, des associations de femmes, des régions productrices qui sont à
même de vous approvisionner à toutes ces zones ?
Je pense
que, comme je l'ai dit, c'est fort des expériences que j'ai eues que j'ai créé
cet espace-là. Donc tous ces acteurs-là ont été réunis.
Et comme
vous le constatez, vous avez toutes ces personnes qui exercent sur le marché.
Vous avez ceux qui détaillent, ceux qui viennent la marchandise depuis
l'intérieur, qui viennent en grossisses. Ces exercices, les camions arrivent à
rentrer aisément dans le marché, ils font leur déchargement et puis ils
repartent.
Donc tous
les activités se mènent de manière vraiment coordonnée, avec une discipline que
nous avons essayé d’instaurer sur le marché. Donc vraiment, tout se passe bien.
Maintenant, quant au ravitaillement, vous savez, les sociétés coopératives
productrices, c'est un peu plus complexe.
Pour avoir fait
longtemps dans ce milieu, j'ai préféré dire que je travaille avec des paysans,
mais pas de manière directe aussi. Parce qu’entre les paysans et nous, il
existe des grossisses. Car ils collectent des produits bord champs et ils les
amènent par la route vers nous.
En général,
ces personnes sont des individus. Donc cela fait que les sociétés coopératives,
ce serait une autre organisation qui va venir à postériori, que nous avons déjà
envisagé, que nous projetons déjà.
Alors aujourd'hui, quel est l'atout
premier que vous pouvez mettre en avant si vous devez charmer une dame, une
productrice ou une vendeuse, une commerçante ? Qu'est-ce que vous lui direz qui
est beaucoup plus gratifiant pour elle de venir exercer dans votre marché et de
ne pas se retrouver par exemple au marché à Yopougon palais ?
Moi, je pense
que c'est l'atout de l’expérience que je détiens. Cet atout d'expérience que je
détiens permet de connaître tous les problèmes liés à la commercialisation des
produits vivriers à tous les niveaux des chaînes de distribution.
Et quels sont ces problèmes ?
D'abord,
quelles sont les difficultés auxquelles la dame est confrontée bord champ ? Comment
elle s'y prend pour avoir son produit bord champ, le collecter dans une grande
ville d'agglomération ? Quelles sont les difficultés auxquelles elle fait face
? Comment elle peut acheminer le produit depuis les gros camions jusqu’au site,
ici ? Je connais sa somme d'expérience, je connais ses difficultés. Ensuite,
sur le site, quelles sont les difficultés auxquelles la commerçante est
confrontée ? Une fois que le produit est déchargé chez moi, les demi-gros sites
qui sont ici, quelles sont les difficultés auxquelles ils sont confrontés ?
Comment se fait le recouvrement des différentes dames dans les différents
marchés ? Cette somme d'expérience me permet de convaincre facilement une dame
de venir décharger chez moi, parce qu'à tous les niveaux, je peux intervenir.
J'ai la qualité, j'ai la capacité de le faire. Ensuite, pour moi, mon site est
le meilleur à tous les niveaux. Parce que ce site, pareil, s'il y en a encore
qui vont à Abidjan, peut-être il y en a un ou deux qui peuvent se vanter
d’avoir un accès si facile et direct. Sinon, actuellement, nous réduisons les dépenses
et les déchargements actuellement de la ville d'Abidjan.
Est-ce que vous n'êtes pas là en
train de vous réjouir du malheur des autres ? Parce que juste à côté à siporex
là, il y a plusieurs sites qui ont été dégagés.
Nous sommes
une victime. Nous sommes une victime. Puisque ce n'est pas nous qui menons les
activités de déguerpissement. On a été frappés par le même bâton. Seulement que
nous, on était plus prévoyants. Peut-être que ce n'était pas prévu. Mais nous,
on était plus prévoyants. Parce que nos collaborations à la mairie nous ont permis
d'avoir un peu plus de jugeote et comprendre plus d'avance ce qui allait
arriver. Et si ça arrive, qu'est-ce qu'on fait ? Je me posais constamment cette
question et j’ai tenté d’y répondre par la création, il y a des années de ce
site et marché.
Peut-être
pendant que les autres n'ont pas encore pris le temps de répondre à la
question. Ce qui me donne cet avantage, je ne me réjouis pas. Mais je pense que
j'ai choisi une solution pour ceux qui ont été victimes.
Parce que
comme on le dit dans le jargon, on ne peut pas casser le feu. On ne peut pas le
faire sans casser le feu. On a construit un autre espace commercial dans la
commune de Yopougon.
Il fallait
que cela arrive. C'est malheureux mais je pense que ce sera corrigé très vite.
Avant dernière question, quel est le
message que vous pouvez lancer aujourd'hui à toutes les commerçantes, à tous
les commerçants, à tous les opérateurs du milieu ?
Le message
que je vais lancer d’abord est à l’endroit de l'Etat de Côte d'Ivoire. Il s’agit
de demander à l'Etat de Côte d'Ivoire de voir ces marchés qui existent un peu
partout avec empathie. Ces marchés ont besoin d'un soutien. Une fois que le
soutien est fait, je pense que ce sont des marchés peuvent avoir la capacité de
réabsorber des chômeurs. Moi, mon modèle est tout à fait parlant. J'ai près de
16 personnes qui sont avec moi ici. Qui perçoivent quelque chose à la fin de
chaque mois pour pouvoir s'occuper de leurs petites familles. Si l'état veut
qu'on continue dans ce sens, c'est l'état qui doit comprendre le mode de
fonctionnement de ces marchés. Si le soutien de l'Etat advient, il y a aussi
les partenaires du marché. Les partenaires, il y en a de plusieurs ordres. Les
transporteurs sont des partenaires. Les banquiers sont des partenaires
également. Les différents grossistes sont des partenaires. Ce maillage, il faut
qu'on arrive à se donner un code de conduite pour que ces activités que nous
menons se passent dans de très bonnes conditions. Sans aucune difficulté. La
dernière intervention sur ce point est que je vais demander, peut-être, aux
hommes de Droit de nous regarder avec des lunettes différentes. Je leur demande
de ne pas tenir compte de tous nos manquements, selon eux. Je plaide pour que
les difficultés que nous avons ici, que le droit ne s'accapare pas de tout.
Parce que c'est un monde qui est un peu difficile. Tant que vous ne comprenez
pas ce monde-là, vous allez condamner des gens. Ce sont de mauvais préjugés.
Alors que peut-être que vous prenez la peine de comprendre le milieu, vous
allez comprendre plus. On leur demande de nous accompagner pour normaliser,
pour clarifier. Mais de ne pas condamner pour condamner. Il y a beaucoup de
difficultés. Mais nous n’avons aucun soutien. On n'a pas de modèle économique en
Côte d'Ivoire. Nous sommes en train de mettre ce modèle-là en Côte d'Ivoire
pour que l'économie soit boostée. Donc que les autorités compétentes
comprennent le bien-fondé de ces marchés et y apportent tout l’appui
nécessaire.
Dernière question. Un peu de
perspective. Dans 5-10 ans, comment vous voyez ce marché ?
Dans 5-10
ans, dans quelques années, ce que nous projetons, c'est de faire un tronc
d'arbre. À travers ce tronc d’arbre, nous aurons des branches. Et ces branches
peuvent porter des fruits. Qu'est-ce que je veux dire ? À partir de
l'expérience que nous avons ici, c'est notre capacité de pouvoir projeter d'autres
possibilités ailleurs. Et dupliquer ce modèle-là un peu dans toutes les
communes, dans peut-être toutes les villes de la Côte d'Ivoire. Pourquoi pas
dans la sous-région. C'est une expertise que nous détenons. Vous voyez la main
–d’œuvre là, cela peut être une solution au problème d’emploi. Cela peut nous
donner une réforme de l'économie qui nous permet d'être à la hauteur. Parce que
chaque pays a sa capacité de générer des ressources. Notre modèle de
fonctionnement, notre modèle de développement au niveau de la Côte d'Ivoire
n'est pas similaire à celui de la France. Il faut mieux comprendre pour voir
comment ça génère des ressources. Dans le circuit, nous voyons notre capacité
d'abord à moderniser l'agriculture au niveau de nos villages, leur donner une
capacité de commercialisation plus fluide. Car, plus nous avons de la fluidité
mieux nous avons la capacité de faire une petite transformation dans les
premiers temps et envoyer nos produits en dehors de la Côte d'Ivoire. C'est
cela le modèle de développement dont je rêve pour ce
marché et bien d’autres à travers la Côte d'Ivoire.
Merci beaucoup M.Coulibaly
C’est moi
qui vous remercie !
Entretien réalisé par Joël Rabbi

