RWANDA À LA TÊTE DU G77 : KIGALI FACE AU DÉFI DE FAIRE ENTENDRE LE SUD GLOBAL
L’élection du Rwanda à la présidence du Groupe des 77 et de
la Chine pour l’année 2027 dépasse largement le cadre d’une distinction
diplomatique. À partir du 1er janvier, Kigali prendra la tête de la principale
coalition de pays en développement au sein des Nations unies, dans un contexte
international marqué par l’endettement, les tensions commerciales, le
changement climatique, les fractures technologiques et la remise en question
des équilibres économiques mondiaux.
Le Rwanda succédera à l’Uruguay, qui assure la présidence du
groupe en 2026. Cette responsabilité placera Kigali au centre de négociations
concernant directement l’avenir économique du Sud global. Le G77 constitue
depuis plus de six décennies un cadre majeur de coordination des pays en
développement sur les questions de développement, de financement, de commerce
international, de climat et de gouvernance mondiale.
Pour le Rwanda, cette présidence représente donc autant une
reconnaissance diplomatique qu’une responsabilité. Kigali devra chercher à
rapprocher des États aux réalités économiques, démographiques et géopolitiques
parfois très différentes, de l’Afrique à l’Asie, en passant par l’Amérique
latine, les Caraïbes et le Moyen-Orient.
Mais la véritable mesure de cette présidence sera ailleurs.
Le Sud global ne manque plus de déclarations. Il réclame désormais des
résultats.
La question de la dette pourrait ainsi s’imposer parmi les
grands dossiers de 2027. Plusieurs économies en développement consacrent une
part importante de leurs ressources au service de leur dette alors qu’elles
doivent simultanément financer l’éducation, la santé, les infrastructures,
l’énergie et leur transformation industrielle. Le Rwanda pourrait contribuer à
porter le débat sur une architecture financière internationale mieux adaptée
aux capacités et aux besoins des économies émergentes et en développement.
Le deuxième chantier sera celui du financement climatique.
Les pays africains figurent parmi ceux qui disposent des marges budgétaires les
plus limitées pour financer simultanément adaptation climatique,
infrastructures et développement économique. Kigali aura l’occasion de défendre
une approche dans laquelle transition écologique et développement ne sont pas
opposés, mais pensés ensemble.
La troisième bataille sera technologique. Intelligence
artificielle, infrastructures numériques, données, semi-conducteurs, recherche
et nouvelles technologies deviennent progressivement des instruments de
puissance. Pour les pays du Sud, l’enjeu n’est plus seulement d’accéder aux
technologies produites ailleurs, mais de développer leurs propres compétences,
leurs entreprises, leurs centres de recherche et leurs capacités industrielles.
L’Afrique sera particulièrement attentive à cette dimension.
L’industrialisation du continent demeure l’un des grands défis économiques du
siècle. Transformer davantage les matières premières localement, développer les
chaînes de valeur africaines, améliorer les infrastructures énergétiques et
logistiques et créer massivement des emplois productifs constituent désormais
des enjeux qui dépassent les seules politiques nationales.
La présidence rwandaise pourrait également remettre au
premier plan une vieille revendication du Sud global, celle d’une gouvernance
internationale reflétant davantage les réalités du XXIe siècle. La
représentation des pays en développement dans les institutions financières
internationales, leur capacité d’influence dans les grandes négociations
économiques et la réforme du multilatéralisme continueront probablement
d’occuper une place importante dans les discussions.
Pour Kigali, l’enjeu sera cependant d’éviter qu’une année de
présidence ne se transforme en succession de sommets, de discours et de
communiqués. Une présidence du G77 prend véritablement son sens lorsqu’elle
parvient à transformer la diversité de ses membres en positions communes
suffisamment fortes pour peser dans les négociations internationales.
Le Rwanda se retrouve ainsi devant une occasion diplomatique
rare. Il ne représentera pas seulement son propre pays, ni même uniquement
l’Afrique. Il devra contribuer à porter la voix d’un ensemble beaucoup plus
vaste de nations qui réclament davantage de financement, de technologies,
d’industrialisation et de capacité à participer aux décisions qui structurent
l’économie mondiale.
La question centrale de 2027 sera donc moins de savoir si le
Rwanda peut présider le G77 que de savoir ce que cette présidence permettra
concrètement d’obtenir.
Car après plusieurs décennies durant lesquelles le Sud
global a réclamé une place plus importante à la table des décisions
internationales, une nouvelle étape se dessine.
Il ne s’agit plus seulement d’avoir une voix. Il s’agit de transformer cette voix en pouvoir de négociation, et ce pouvoir de négociation en développement.
Noelle Rabe

