Côte d’Ivoire, géant du cacao mais encore trop petit dans le chocolat
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire
dispose d’une puissance agricole exceptionnelle. Pourtant, une part importante
de la valeur ajoutée générée par le chocolat continue de se construire hors de
ses frontières. À l’occasion des Journées nationales du cacao et du chocolat,
la question de la transformation locale revient ainsi au cœur du débat
économique.
Depuis plusieurs décennies, le cacao constitue l’un des
piliers de l’économie ivoirienne et fait vivre directement ou indirectement des
centaines de milliers de familles. Mais derrière cette réussite demeure un
paradoxe. Le pays produit massivement la matière première tandis que certaines
des étapes les plus rémunératrices de la chaîne de valeur, notamment la
fabrication de produits finis, les marques, le marketing et la distribution
internationale, restent largement réalisées à l’extérieur.
La Côte d’Ivoire a néanmoins considérablement développé ses
capacités de broyage et de première transformation, notamment à Abidjan et San
Pedro. Une partie importante des fèves est désormais transformée en masse,
beurre, poudre ou autres produits semi-finis. C’est une avancée industrielle
majeure, mais transformer davantage de fèves ne signifie pas encore maîtriser
l’ensemble de l’économie du chocolat. Le prochain défi consiste à aller plus
loin vers les produits finis à forte valeur ajoutée.
Cette nouvelle étape pourrait reposer sur l’émergence de PME
ivoiriennes capables de produire chocolats, boissons chocolatées, biscuits,
pâtes à tartiner, produits cosmétiques et autres dérivés du cacao. Pour
réussir, ces entreprises doivent bénéficier d’un environnement favorable
associant financement, équipements industriels, recherche, certification,
formation, accès aux marchés et réseaux de distribution. L’ambition devrait
être de faire progressivement émerger de véritables champions nationaux de
l’industrie cacaoyère.
La bataille est également celle des marques. La Côte
d’Ivoire pourrait construire autour du cacao une identité commerciale aussi
forte que sa réputation de producteur. Un véritable « chocolat ivoirien »,
identifiable par son origine, sa qualité, son savoir-faire et son histoire,
pourrait conquérir d’abord le marché national et régional avant de viser
davantage les marchés internationaux. Produire la fève ne suffit plus, il faut
transformer, conditionner, commercialiser et conserver une plus grande partie
de la valeur sur le territoire national.
Cette industrialisation constitue aussi une formidable
opportunité pour l’emploi des jeunes. Autour du cacao peuvent se développer des
métiers dans l’agro-industrie, la maintenance, la recherche, l’emballage, le
design, la logistique, le numérique, le marketing et le commerce international.
Chaque nouvelle étape de transformation réalisée en Côte d’Ivoire peut devenir
une source supplémentaire d’emplois, de compétences et d’entrepreneuriat.
Les producteurs doivent toutefois rester au centre de cette
mutation. Transformer davantage localement n’aura pleinement de sens que si la
richesse supplémentaire créée contribue également à améliorer durablement leurs
revenus et leurs conditions de vie. L’industrialisation du cacao doit donc
s’accompagner d’une meilleure organisation de la chaîne de valeur,
d’investissements dans les régions productrices et d’une politique permettant
aux communautés agricoles de bénéficier davantage de la prospérité générée par
leur travail.
La Côte d’Ivoire possède déjà la matière première, des
infrastructures portuaires importantes, une expérience industrielle et une
position stratégique en Afrique de l’Ouest. Elle doit désormais fédérer
producteurs, industriels, PME, chercheurs, banques, distributeurs et pouvoirs
publics autour d’une ambition commune. Après avoir remporté la bataille de la
production mondiale, le véritable défi est désormais celui de la transformation
profonde et de la valeur ajoutée. Le jour où la Côte d’Ivoire sera connue non
seulement comme le pays du cacao, mais également comme une grande terre de
chocolat, une nouvelle étape de son industrialisation aura été franchie
Saint Sauveur

