GEORGES TAÏ BENSON : LE MICRO S’ÉTEINT, LA MÉMOIRE RESTE
La Côte
d’Ivoire perd l’une des grandes figures de son histoire audiovisuelle. Avec la
disparition de Georges Taï Benson, c’est un témoin et un artisan de plusieurs
décennies de télévision ivoirienne qui quitte la scène. Animateur, producteur,
formateur et homme de culture, il aura participé à l’émergence de programmes,
d’artistes et de professionnels qui ont marqué plusieurs générations. De «
Benson reçoit » à « Variétoscope », du Studio 302 à l’Orchestre de la RTI, son
parcours raconte une époque où télévision, musique et création culturelle
avançaient ensemble.
Entré à la
RTI en décembre 1965 après une formation en art dramatique et des stages en
France, Georges Taï Benson commence avec « Rythme et tradition » avant de
s’imposer avec plusieurs émissions populaires. « Benson reçoit » et surtout «
Variétoscope » inscrivent progressivement son visage et sa voix dans la mémoire
des téléspectateurs ivoiriens.
Mais pour
mesurer réellement son empreinte, il faut aller derrière la caméra et se
souvenir du mythique Studio 302. Autour de cette équipe se retrouvent notamment
Roger Fulgence Kassy, Bandama Debach et plusieurs professionnels de
l’audiovisuel. Le Studio 302 devient un véritable laboratoire où les idées se
rencontrent, les émissions se construisent et les talents apprennent leur
métier. Benson n’était donc pas seulement un homme de plateau. Il était aussi
un bâtisseur d’équipes.
Cette
aventure est indissociable de Roger Fulgence Kassy, autre figure majeure de la
télévision ivoirienne. C’est dans cet environnement créatif que télévision et
musique vont se rencontrer et que plusieurs artistes bénéficieront d’une
exposition déterminante auprès du grand public.
L’influence
de Georges Taï Benson s’étend ainsi à la production musicale. Son parcours est
notamment associé aux débuts discographiques d’Alpha Blondy, dont il produit le
premier album « Jah Glory ». Cette aventure contribue à lancer une carrière qui
prendra ensuite une dimension internationale.
À cette
histoire s’ajoute l’Orchestre de la RTI, dont Benson fut l’un des artisans. À
l’époque, la télévision nationale ne se contentait pas de diffuser la culture.
Elle contribuait aussi à la produire. L’orchestre constituait un espace de
rencontre entre musiciens, chanteurs, producteurs et télévision, donnant aux
artistes une scène et une visibilité considérables.
Autour de
cet univers vont évoluer des noms qui deviendront majeurs dans la musique
ivoirienne. Aïcha Koné, Nayanka Bell, Monique Séka, Chantal Taïba, Daouda,
Gadji Celi et bien d’autres appartiennent, selon des trajectoires différentes,
à cette grande époque où la RTI jouait un rôle central dans la promotion de la
création nationale.
Aïcha Koné
occupe une place particulière dans cette histoire, son parcours ayant croisé
directement celui de Georges Taï Benson à la RTI. Nayanka Bell connaîtra
également l’environnement de l’Orchestre de la RTI. Quant à Monique Séka, elle
appartient à cette génération exceptionnelle de grandes voix dont l’essor
illustre la puissance de l’écosystème musical et audiovisuel ivoirien de cette
période.
Voilà
peut-être ce qui définit le mieux Georges Taï Benson. Il ne fabriquait pas
seulement des émissions. Il contribuait à construire un écosystème culturel. Il
y avait les émissions pour montrer les talents, le Studio 302 pour imaginer et
produire, l’Orchestre de la RTI pour donner corps à la musique et une
télévision nationale capable de porter ces créations jusque dans les foyers.
«
Variétoscope » restera naturellement l’un des monuments de cette aventure.
L’émission a installé dans la mémoire collective une conception du
divertissement où la danse, la musique, le spectacle et les identités
culturelles ivoiriennes disposaient d’une scène nationale. Pendant des années,
elle a réuni les familles et donné à la culture populaire une visibilité
exceptionnelle.
Mais
l’héritage de Georges Taï Benson dépasse les artistes et les émissions. Il
réside aussi dans les professionnels qu’il a accompagnés, les équipes qu’il a
constituées et cette conception exigeante de la télévision comme école,
laboratoire et espace de transmission.
Il avait
d’ailleurs une conviction forte sur la reconnaissance des pionniers. Il
estimait que les hommes et les femmes qui ont servi devaient recevoir les
marques de reconnaissance de leur vivant, afin qu’eux-mêmes et leurs familles
puissent en éprouver la fierté. À l’heure de son départ, cette conviction prend
une résonance particulière.
Les
décennies ont passé. Les chaînes se sont multipliées, les technologies ont
changé et les réseaux sociaux ont bouleversé notre rapport à la télévision et à
la musique. Mais lorsqu’on remonte aux fondations de l’audiovisuel culturel
ivoirien, certains noms reviennent inévitablement. Georges Taï Benson est de
ceux-là.
Le Studio
302 n’était pas seulement un numéro sur une porte. L’Orchestre de la RTI
n’était pas seulement un ensemble de musiciens. Variétoscope n’était pas
seulement une émission. Ensemble, ils racontent une vision de la télévision qui
consistait à découvrir, former, produire, promouvoir et transmettre.
Et derrière
cette histoire demeurent des voix, des visages et des carrières. Alpha Blondy,
Aïcha Koné, Nayanka Bell, Monique Séka et toute une génération d’artistes
rappellent combien cette télévision pouvait servir de passerelle entre le
talent et le public.
Au revoir
Georges Taï Benson. Le micro s’est tu, mais les voix que vous avez contribué à
faire entendre continuent de chanter. Les projecteurs se sont éteints sur
l’homme, mais restent allumés sur son œuvre. Et lorsqu’un homme a passé sa vie
à ouvrir la scène aux autres, son nom finit lui aussi par entrer dans
l’histoire.
Noëlle Rabe

