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GEORGES TAÏ BENSON : LE MICRO S’ÉTEINT, LA MÉMOIRE RESTE

AfriqueVérité 27 Sep 2026 - 18H36 vues
Avec le décès de Georges Taï Benson , c'est tout un pan de l'histoire des médias des années 1970, 1980 et 1990 qui s'écroule.

La Côte d’Ivoire perd l’une des grandes figures de son histoire audiovisuelle. Avec la disparition de Georges Taï Benson, c’est un témoin et un artisan de plusieurs décennies de télévision ivoirienne qui quitte la scène. Animateur, producteur, formateur et homme de culture, il aura participé à l’émergence de programmes, d’artistes et de professionnels qui ont marqué plusieurs générations. De « Benson reçoit » à « Variétoscope », du Studio 302 à l’Orchestre de la RTI, son parcours raconte une époque où télévision, musique et création culturelle avançaient ensemble.

Entré à la RTI en décembre 1965 après une formation en art dramatique et des stages en France, Georges Taï Benson commence avec « Rythme et tradition » avant de s’imposer avec plusieurs émissions populaires. « Benson reçoit » et surtout « Variétoscope » inscrivent progressivement son visage et sa voix dans la mémoire des téléspectateurs ivoiriens.

Mais pour mesurer réellement son empreinte, il faut aller derrière la caméra et se souvenir du mythique Studio 302. Autour de cette équipe se retrouvent notamment Roger Fulgence Kassy, Bandama Debach et plusieurs professionnels de l’audiovisuel. Le Studio 302 devient un véritable laboratoire où les idées se rencontrent, les émissions se construisent et les talents apprennent leur métier. Benson n’était donc pas seulement un homme de plateau. Il était aussi un bâtisseur d’équipes.

Cette aventure est indissociable de Roger Fulgence Kassy, autre figure majeure de la télévision ivoirienne. C’est dans cet environnement créatif que télévision et musique vont se rencontrer et que plusieurs artistes bénéficieront d’une exposition déterminante auprès du grand public.

L’influence de Georges Taï Benson s’étend ainsi à la production musicale. Son parcours est notamment associé aux débuts discographiques d’Alpha Blondy, dont il produit le premier album « Jah Glory ». Cette aventure contribue à lancer une carrière qui prendra ensuite une dimension internationale.

À cette histoire s’ajoute l’Orchestre de la RTI, dont Benson fut l’un des artisans. À l’époque, la télévision nationale ne se contentait pas de diffuser la culture. Elle contribuait aussi à la produire. L’orchestre constituait un espace de rencontre entre musiciens, chanteurs, producteurs et télévision, donnant aux artistes une scène et une visibilité considérables.

Autour de cet univers vont évoluer des noms qui deviendront majeurs dans la musique ivoirienne. Aïcha Koné, Nayanka Bell, Monique Séka, Chantal Taïba, Daouda, Gadji Celi et bien d’autres appartiennent, selon des trajectoires différentes, à cette grande époque où la RTI jouait un rôle central dans la promotion de la création nationale.

Aïcha Koné occupe une place particulière dans cette histoire, son parcours ayant croisé directement celui de Georges Taï Benson à la RTI. Nayanka Bell connaîtra également l’environnement de l’Orchestre de la RTI. Quant à Monique Séka, elle appartient à cette génération exceptionnelle de grandes voix dont l’essor illustre la puissance de l’écosystème musical et audiovisuel ivoirien de cette période.

Voilà peut-être ce qui définit le mieux Georges Taï Benson. Il ne fabriquait pas seulement des émissions. Il contribuait à construire un écosystème culturel. Il y avait les émissions pour montrer les talents, le Studio 302 pour imaginer et produire, l’Orchestre de la RTI pour donner corps à la musique et une télévision nationale capable de porter ces créations jusque dans les foyers.

« Variétoscope » restera naturellement l’un des monuments de cette aventure. L’émission a installé dans la mémoire collective une conception du divertissement où la danse, la musique, le spectacle et les identités culturelles ivoiriennes disposaient d’une scène nationale. Pendant des années, elle a réuni les familles et donné à la culture populaire une visibilité exceptionnelle.

Mais l’héritage de Georges Taï Benson dépasse les artistes et les émissions. Il réside aussi dans les professionnels qu’il a accompagnés, les équipes qu’il a constituées et cette conception exigeante de la télévision comme école, laboratoire et espace de transmission.

Il avait d’ailleurs une conviction forte sur la reconnaissance des pionniers. Il estimait que les hommes et les femmes qui ont servi devaient recevoir les marques de reconnaissance de leur vivant, afin qu’eux-mêmes et leurs familles puissent en éprouver la fierté. À l’heure de son départ, cette conviction prend une résonance particulière.

Les décennies ont passé. Les chaînes se sont multipliées, les technologies ont changé et les réseaux sociaux ont bouleversé notre rapport à la télévision et à la musique. Mais lorsqu’on remonte aux fondations de l’audiovisuel culturel ivoirien, certains noms reviennent inévitablement. Georges Taï Benson est de ceux-là.

Le Studio 302 n’était pas seulement un numéro sur une porte. L’Orchestre de la RTI n’était pas seulement un ensemble de musiciens. Variétoscope n’était pas seulement une émission. Ensemble, ils racontent une vision de la télévision qui consistait à découvrir, former, produire, promouvoir et transmettre.

Et derrière cette histoire demeurent des voix, des visages et des carrières. Alpha Blondy, Aïcha Koné, Nayanka Bell, Monique Séka et toute une génération d’artistes rappellent combien cette télévision pouvait servir de passerelle entre le talent et le public.

Au revoir Georges Taï Benson. Le micro s’est tu, mais les voix que vous avez contribué à faire entendre continuent de chanter. Les projecteurs se sont éteints sur l’homme, mais restent allumés sur son œuvre. Et lorsqu’un homme a passé sa vie à ouvrir la scène aux autres, son nom finit lui aussi par entrer dans l’histoire.

Noëlle Rabe 

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