Côte d’Ivoire –Guinée : Ouattara et Doumbouya réchauffent les relations
La visite d’État du président guinéen Mamadi Doumbouya en
Côte d’Ivoire ouvre une nouvelle séquence dans les relations entre Abidjan et
Conakry. Au-delà des cérémonies officielles et des symboles diplomatiques, la
rencontre avec le président Alassane Ouattara traduit une volonté de renforcer
les rapports entre deux pays voisins dont les intérêts économiques,
sécuritaires et géopolitiques sont étroitement liés.
La Côte d’Ivoire et la Guinée partagent une longue frontière
ainsi que des populations, des échanges commerciaux et des réalités
sécuritaires communes. Mines, énergie, infrastructures, commerce
transfrontalier et coopération régionale constituent autant de domaines dans
lesquels un rapprochement plus poussé pourrait produire des résultats concrets.
Pour Abidjan comme pour Conakry, la proximité géographique peut désormais être
transformée davantage en complémentarité économique.
La dimension minière apparaît particulièrement stratégique.
La Guinée dispose d’immenses ressources naturelles, notamment en bauxite et en
minerai de fer, tandis que la Côte d’Ivoire s’est progressivement imposée comme
un important pôle économique, financier, logistique et portuaire de l’Afrique
de l’Ouest. Une coopération mieux structurée pourrait favoriser les
investissements, les infrastructures et les échanges entre les deux économies.
L’énergie représente un autre chantier déterminant. Dans une
Afrique de l’Ouest confrontée à une demande croissante d’électricité,
l’interconnexion des réseaux et la valorisation des capacités énergétiques
nationales deviennent des instruments d’intégration régionale. Abidjan et
Conakry ont donc intérêt à dépasser une diplomatie essentiellement protocolaire
pour construire des projets capables de bénéficier directement aux populations.
Cette visite possède également une forte portée politique.
Mamadi Doumbouya dirige une Guinée engagée dans une nouvelle phase
institutionnelle, tandis qu’Alassane Ouattara demeure l’un des chefs d’État les
plus expérimentés de la sous-région. Leur rapprochement intervient dans une
Afrique de l’Ouest profondément recomposée, où les anciennes alliances sont
bousculées et où chaque capitale cherche de nouveaux équilibres.
Pour la Côte d’Ivoire, maintenir un dialogue étroit avec la
Guinée participe aussi à la sécurisation de son environnement immédiat. La
stabilité des frontières occidentales, la circulation des personnes et des
marchandises, la lutte contre les trafics et les menaces transnationales
imposent une coopération permanente entre les administrations et les forces
compétentes des deux pays.
Mais le véritable test commencera après les discours. Les
populations attendent désormais que le rapprochement diplomatique se traduise
par des accords appliqués, des investissements, davantage d’échanges
commerciaux, des infrastructures et des opportunités économiques. C’est à cette
condition que la nouvelle séquence annoncée pourra dépasser la photographie
diplomatique.
Dans une Afrique de l’Ouest en pleine mutation, l’axe
Abidjan–Conakry pourrait ainsi devenir bien davantage qu’une relation de bon
voisinage. Deux économies complémentaires, une frontière commune et des
intérêts stratégiques convergents offrent aux deux capitales l’occasion de
construire un partenariat durable. La visite de Mamadi Doumbouya pourrait en
marquer le point de départ.
Noelle Rabe

