Environnement - Qualité de l’air : la Côte d’Ivoire veut devenir une plaque tournante de l’observation en Afrique
Au cœur des échanges
: la sensibilisation, la science participative et le déploiement de
micro-capteurs destinés à mieux mesurer la pollution atmosphérique. Avec, en
perspective, l’ambition d’implanter en Côte d’Ivoire un observatoire africain
de l’air. La qualité de l’air s’impose progressivement comme un enjeu majeur de
santé publique et de développement durable en Côte d’Ivoire. C’est dans cette
dynamique que L’Air et Moi – Côte d’Ivoire, la Fédération L’Air et Moi (FAEM)
et le Réseau Climat Jeunesse ont réuni, samedi à Abidjan, plusieurs acteurs de
la société civile, experts et leaders de jeunesse autour des enjeux liés à la
pollution atmosphérique. La rencontre a notamment été marquée par les
interventions de spécialistes du climat et de la qualité de l’air, dont le Dr
Issa Bado, spécialiste de programme à l’Organisation internationale de la
Francophonie, ainsi que des experts impliqués dans le développement et
l’utilisation des outils de mesure de la qualité de l’air.
Pour Keïta Abdul Aziz, expert en géosciences
environnementales, coordonnateur national de L’Air et Moi Côte d’Ivoire et du
Réseau Climat Jeunesse Entreprise Côte d’Ivoire, cette conférence constitue une
étape importante dans la mobilisation de la jeunesse. « On ne peut que se
réjouir qu’on ait pu organiser ce genre de conférence avec des personnalités de
qualité », a-t-il expliqué, insistant sur la nécessité de disposer d’outils
scientifiques pour rendre visible une pollution qui, par nature, reste
difficile à percevoir.
Un micro-capteur pour
rendre visible l’invisible
L’une des principales innovations présentées lors de cette
rencontre est un micro-capteur de mesure de la qualité de l’air, mis à
disposition grâce à la collaboration avec AirCarto et AtmoSud. Compact et
destiné à être déployé sur le terrain, cet outil permet de mesurer différents
paramètres liés à la pollution atmosphérique, notamment les particules fines.
Il s’inscrit dans une démarche open source et open data, avec l’objectif de
favoriser l’accès aux données et de développer la science participative.
Le principe est simple : mieux mesurer pour mieux
comprendre, puis mieux agir.
Les particules fines, notamment les PM10 et PM2,5, sont
particulièrement préoccupantes en raison de leur capacité à pénétrer
profondément dans l'appareil respiratoire. Certaines particules encore plus
fines peuvent franchir les barrières naturelles de l'organisme et avoir des
conséquences importantes sur la santé. Selon Keïta Abdul Aziz, « pour pouvoir
lutter efficacement, il faut pouvoir les identifier. Et pour pouvoir les
identifier, il faut de la science ». Le responsable ivoirien souligne également
que le dispositif présenté est le fruit de plusieurs décennies de recherche et
d’expertise développées en Europe. « C’est le résultat de plus de 40 ans de
recherche », a-t-il indiqué, estimant que la Côte d’Ivoire dispose désormais
d’une opportunité pour développer ses propres capacités dans ce domaine.
Vers un laboratoire de fabrication de micro-capteurs en Côte
d’Ivoire ?
Au-delà de la simple utilisation de ces équipements, les
organisateurs affichent une ambition plus large : contribuer à la création, en
Côte d’Ivoire, d’un premier laboratoire de fabrication de micro-capteurs de
qualité de l’air en Afrique, en collaboration avec les autorités compétentes,
notamment le ministère en charge de l’Environnement. Cette perspective pourrait
permettre de renforcer les capacités locales en matière de recherche,
d’innovation et de surveillance environnementale. La FAEM entend également
développer trois axes prioritaires : la sensibilisation et l’éducation à la
qualité de l’air et au climat, notamment à travers les supports pédagogiques du
programme L’Air et Moi ; le déploiement de micro-capteurs en open source et en
open data, en collaboration avec AirCarto et AtmoSud ; et enfin la mise en
place de formations « Air – Climat – Santé », avec la participation d’experts
issus de différents domaines.
Air, climat et santé : un même combat
Pour le Dr Issa Bado, la problématique de la qualité de
l’air dépasse largement la seule question environnementale. Elle touche
directement la santé, l’économie et le développement. « La qualité de l’air est
un enjeu en Côte d’Ivoire. Cet enjeu a des impacts sur la santé, des impacts
sur l’environnement, mais aussi sur l’économie », a-t-il souligné. Le
spécialiste a notamment insisté sur les liens entre pollution atmosphérique,
mobilité, poussière, changement climatique et fragilité des écosystèmes. Il
appelle ainsi à une approche intégrée et à une mobilisation collective. Pour
lui, la jeunesse doit jouer un rôle central en s’organisant, en développant des
projets adaptés aux besoins des communautés et en recherchant les ressources
nécessaires pour leur mise en œuvre.
La Côte d’Ivoire, future plaque tournante africaine ?
Derrière cette mobilisation se dessine une ambition encore
plus grande : faire de la Côte d’Ivoire un pôle africain de référence sur la
qualité de l’air. Les acteurs réunis à Abidjan souhaitent notamment travailler
à la mise en place d’un Observatoire africain de l’air, qui pourrait servir de
plateforme de production, de collecte, de partage et d’analyse des données
relatives à la pollution atmosphérique sur le continent. L’objectif serait
également de rapprocher les scientifiques, les pouvoirs publics, les
organisations de la société civile, les collectivités, les jeunes et les
populations autour d’un même enjeu : disposer de données fiables pour mieux
protéger la santé et l’environnement. Cette dynamique entend ainsi faire de la
Côte d’Ivoire non seulement un espace de sensibilisation, mais également un
territoire d’innovation et de recherche dans le domaine de la qualité de l’air.
Noëlle Rabe

