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Koumassi-Campement, l’enquête judiciaire mène vers de grosses surprises

AfriqueVérité 18 Sep 2026 - 03H20 vues
Trois mois après les démolitions qui avaient profondément marqué le quartier Campement, dans la commune de Koumassi, l’affaire entre dans une nouvelle phase

Le 16 septembre 2026, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar, a présenté les avancées de l’enquête ouverte à la suite des événements du 3 juin. Les éléments communiqués donnent désormais à ce dossier foncier une véritable dimension judiciaire et institutionnelle.

 

Une décision de justice qui n’autorisait pas les démolitions

 

C’est l’un des éléments centraux présentés par le parquet. La décision judiciaire invoquée pour justifier l’opération du 3 juin n’aurait pas autorisé la destruction des constructions. Selon les explications du procureur, deux demandes distinctes avaient été présentées devant le tribunal, l’une concernant le déguerpissement et l’autre la démolition. La juridiction n’aurait fait droit qu’au déguerpissement de cinq habitations, sans ordonner leur destruction. Cette distinction place une question au cœur de l’enquête. Comment une décision concernant un nombre limité d’habitations a-t-elle pu déboucher sur une opération d’une tout autre ampleur ?

 

6,8 hectares et 250 lots concernés

 

Les chiffres communiqués permettent de mesurer l’étendue de l’opération. La zone affectée couvrirait 6,8 hectares et engloberait environ 250 lots. L’écart entre le périmètre de la décision judiciaire présenté par le parquet et l’ampleur des destructions réalisées constitue ainsi l’un des principaux points que l’enquête devra éclaircir.Une semaine après les faits, le procureur avait annoncé l’ouverture d’investigations. L’homme ayant publiquement revendiqué l’opération a ensuite été interpellé dans le cadre de la procédure.

 

Plusieurs responsables entendus

 

L’affaire prend également une dimension institutionnelle en raison des personnalités entendues au cours des investigations. Le ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le député de Gouméré-Tabagne et le maire de Koumassi figurent notamment parmi les personnes auditionnées afin d’apporter des informations utiles à l’enquête.Une audition ne signifie toutefois ni culpabilité ni responsabilité pénale établie. À ce stade, il appartient à la justice de déterminer le rôle éventuel de chacun à partir des faits et des éléments recueillis.

 

Au-delà de Koumassi, la question de l’exécution des décisions de justice

 

L’affaire dépasse désormais le seul contentieux foncier. Elle interroge les mécanismes d’exécution d’une décision judiciaire lorsqu’une opération touche des centaines de parcelles et de nombreuses familles.Qui vérifie précisément le contenu d’une décision avant son exécution ? Qui détermine le périmètre d’intervention ? Comment les moyens nécessaires à une opération de cette ampleur sont-ils mobilisés ? Quels contrôles doivent empêcher qu’une décision soit exécutée au-delà de ce qu’elle prévoit ? Ces interrogations placent le dossier au croisement de la justice, de l’administration territoriale et de la gouvernance foncière.

 

Un révélateur de la gouvernance foncière

 

Dans une métropole abidjanaise soumise à une forte pression foncière et à une urbanisation rapide, Koumassi-Campement rappelle l’importance de la traçabilité des décisions administratives, judiciaires et foncières.Au-delà du cas particulier, l’enjeu consiste à garantir qu’aucune opération de déguerpissement ou de démolition ne puisse s’effectuer sans une identification précise de son fondement juridique, de son périmètre et des responsabilités engagées dans son exécution.

 

La justice attendue sur les responsabilités

 

Après l’émotion provoquée par les destructions vient désormais le temps de l’établissement des faits. L’enquête devra déterminer comment l’opération a été préparée et exécutée, quels moyens ont été mobilisés, quelles instructions ont été données et si des infractions peuvent être imputées à certains intervenants. Derrière les hectares, les lots et les procédures se trouvent aussi des familles, des commerces, des investissements et parfois des années de vie. Koumassi-Campement n’est donc plus seulement l’histoire d’une démolition qui a marqué les esprits. L’affaire devient un test pour les institutions ivoiriennes et leur capacité à établir les faits, individualiser les responsabilités éventuelles et garantir qu’une décision de justice soit exécutée dans les limites exactes de ce qu’elle ordonne.

 Alassane Junior F

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