Koumassi-Campement, l’enquête judiciaire mène vers de grosses surprises
Le 16 septembre 2026, le procureur de la République près le
Tribunal de première instance d’Abidjan, Koné Braman Oumar, a présenté les
avancées de l’enquête ouverte à la suite des événements du 3 juin. Les éléments
communiqués donnent désormais à ce dossier foncier une véritable dimension
judiciaire et institutionnelle.
Une décision de justice qui n’autorisait pas les démolitions
C’est l’un des éléments centraux présentés par le parquet.
La décision judiciaire invoquée pour justifier l’opération du 3 juin n’aurait
pas autorisé la destruction des constructions. Selon les explications du
procureur, deux demandes distinctes avaient été présentées devant le tribunal,
l’une concernant le déguerpissement et l’autre la démolition. La juridiction
n’aurait fait droit qu’au déguerpissement de cinq habitations, sans ordonner
leur destruction. Cette distinction place une question au cœur de l’enquête.
Comment une décision concernant un nombre limité d’habitations a-t-elle pu
déboucher sur une opération d’une tout autre ampleur ?
6,8 hectares et 250 lots concernés
Les chiffres communiqués permettent de mesurer l’étendue de
l’opération. La zone affectée couvrirait 6,8 hectares et engloberait environ
250 lots. L’écart entre le périmètre de la décision judiciaire présenté par le
parquet et l’ampleur des destructions réalisées constitue ainsi l’un des
principaux points que l’enquête devra éclaircir.Une semaine après les faits, le
procureur avait annoncé l’ouverture d’investigations. L’homme ayant
publiquement revendiqué l’opération a ensuite été interpellé dans le cadre de
la procédure.
Plusieurs responsables entendus
L’affaire prend également une dimension institutionnelle en
raison des personnalités entendues au cours des investigations. Le
ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le député de
Gouméré-Tabagne et le maire de Koumassi figurent notamment parmi les personnes
auditionnées afin d’apporter des informations utiles à l’enquête.Une audition
ne signifie toutefois ni culpabilité ni responsabilité pénale établie. À ce
stade, il appartient à la justice de déterminer le rôle éventuel de chacun à partir
des faits et des éléments recueillis.
Au-delà de Koumassi, la question de l’exécution des
décisions de justice
L’affaire dépasse désormais le seul contentieux foncier.
Elle interroge les mécanismes d’exécution d’une décision judiciaire lorsqu’une
opération touche des centaines de parcelles et de nombreuses familles.Qui
vérifie précisément le contenu d’une décision avant son exécution ? Qui
détermine le périmètre d’intervention ? Comment les moyens nécessaires à une
opération de cette ampleur sont-ils mobilisés ? Quels contrôles doivent
empêcher qu’une décision soit exécutée au-delà de ce qu’elle prévoit ? Ces
interrogations placent le dossier au croisement de la justice, de
l’administration territoriale et de la gouvernance foncière.
Un révélateur de la gouvernance foncière
Dans une métropole abidjanaise soumise à une forte pression
foncière et à une urbanisation rapide, Koumassi-Campement rappelle l’importance
de la traçabilité des décisions administratives, judiciaires et foncières.Au-delà
du cas particulier, l’enjeu consiste à garantir qu’aucune opération de déguerpissement
ou de démolition ne puisse s’effectuer sans une identification précise de son
fondement juridique, de son périmètre et des responsabilités engagées dans son
exécution.
La justice attendue sur les responsabilités
Après l’émotion provoquée par les destructions vient
désormais le temps de l’établissement des faits. L’enquête devra déterminer
comment l’opération a été préparée et exécutée, quels moyens ont été mobilisés,
quelles instructions ont été données et si des infractions peuvent être imputées
à certains intervenants. Derrière les hectares, les lots et les procédures se
trouvent aussi des familles, des commerces, des investissements et parfois des
années de vie. Koumassi-Campement n’est donc plus seulement l’histoire d’une
démolition qui a marqué les esprits. L’affaire devient un test pour les
institutions ivoiriennes et leur capacité à établir les faits, individualiser
les responsabilités éventuelles et garantir qu’une décision de justice soit
exécutée dans les limites exactes de ce qu’elle ordonne.

