Frontière Côte d’Ivoire-Mali : Il y a du nouveau
La Côte d’Ivoire et le Mali viennent de franchir une étape
majeure dans la gestion de leur frontière commune. À l’issue des travaux de la
Commission technique mixte de matérialisation de la frontière, tenus du 21 au
25 août 2026 à Bamako, les deux pays ont adopté par consensus le tracé
définitif de leur frontière ainsi que l’avant-projet de traité de délimitation.
Une avancée diplomatique importante dans une Afrique de l’Ouest où les
questions frontalières sont désormais indissociables des enjeux de sécurité, de
commerce et de stabilité.
Cette conclusion intervient après un processus technique et
politique progressivement conduit par les deux États. En juin dernier, les
autorités ivoiriennes indiquaient que l’essentiel du tracé faisait déjà l’objet
d’un accord. La rencontre de Bamako aura donc permis de traiter les derniers
points et d’aboutir à un consensus sur l’ensemble de la délimitation.
L’importance de cette avancée dépasse largement la
cartographie. Une frontière clairement définie constitue un instrument de
souveraineté et facilite la coopération entre administrations, forces de
sécurité et communautés locales. Elle peut également améliorer la prévention
des différends liés aux terres et aux ressources naturelles, tout en offrant un
cadre plus précis à la lutte contre les trafics et les activités clandestines.
Le contexte régional donne à cet accord une portée
particulière. La frontière ivoiro-malienne traverse un espace où circulent
depuis des générations commerçants, agriculteurs, éleveurs et familles
partageant des liens historiques et culturels. Le défi consiste donc à
renforcer la souveraineté des États sans transformer la frontière en mur entre
des communautés dont la vie quotidienne repose largement sur les échanges.
La dimension sécuritaire est tout aussi importante.
L’instabilité persistante dans certaines parties du Sahel impose aux pays
côtiers une vigilance accrue sur leurs territoires septentrionaux. La
matérialisation de la frontière peut faciliter la surveillance et clarifier les
zones de responsabilité, mais elle ne constitue pas à elle seule une réponse
aux menaces transnationales. Le renseignement, la coopération entre États et
l’implication des populations frontalières demeurent essentiels.
L’enjeu est également économique. La Côte d’Ivoire et le
Mali entretiennent d’importantes relations commerciales, notamment à travers
les corridors reliant le Mali aux infrastructures portuaires ivoiriennes.
Fluidifier les échanges légaux tout en renforçant les contrôles contre les
trafics constitue un équilibre déterminant. Une frontière mieux administrée
peut devenir non pas une barrière, mais un espace organisé de circulation, de
commerce et de développement.
L’adoption du tracé définitif ouvre désormais la voie aux
prochaines étapes institutionnelles et opérationnelles. Le véritable succès de
cet accord se mesurera à sa capacité à renforcer la sécurité, faciliter les
échanges, prévenir les conflits locaux et préserver la fraternité entre les
populations des deux côtés.
Dans une Afrique de l’Ouest traversée par de profondes
recompositions politiques et sécuritaires, Abidjan et Bamako démontrent qu’un
dossier sensible peut encore progresser par le dialogue et le consensus. Une
frontière délimitée affirme la souveraineté des États. Une frontière pacifiée
et prospère rapproche les peuples.
Sara Babette

