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24 ans après le 19 septembre 2002 : Sortir définitivement la Côte d’Ivoire du piège identitaire

AfriqueVérité 20 Sep 2026 - 02H54 vues
les événements du 19 septembre 2002 continuent d'avoir des incidences dans la vie socio politique en Côte d'Ivoire.

Le 19 septembre 2002 n’est pas une date ordinaire. C’est le jour où la Côte d’Ivoire a basculé dans une crise politico-militaire qui allait fracturer son territoire et ébranler la confiance entre ses citoyens. Vingt-quatre ans plus tard, le pays s’est relevé et profondément transformé. Mais les infrastructures se reconstruisent parfois plus vite que la confiance. Une question demeure.

 

Avons-nous construit une République où l’origine, le patronyme, la religion ou les relations politiques ne déterminent plus les chances de réussir ?

 

C’est peut-être là que réside la grande leçon de 2002. Une injustice ne se répare pas par une autre. La réconciliation devient durable lorsque la citoyenneté, le mérite et l’égalité des chances prennent le pas sur les appartenances. À l’époque, les questions de nationalité, d’identité et d’éligibilité politique, ainsi que les accusations de discrimination, s’inscrivaient dans un contexte de rivalités politiques, de crise institutionnelle et de tensions militaires. Le pays allait rester divisé pendant plusieurs années avant de traverser d’autres crises, notamment celle de 2010-2011.

 

De la correction des frustrations au sentiment d’un nouveau déséquilibre

 

Depuis 2011, les autorités ont engagé des politiques destinées notamment à réduire les disparités territoriales et à renforcer la présence de l’État sur l’ensemble du territoire. Dans le même temps, certaines voix ont fait émerger dans le débat public le sentiment qu’en cherchant à corriger les frustrations anciennes, de nouveaux déséquilibres auraient pu apparaître dans l’accès aux responsabilités et aux opportunités. Ce sujet exige de la prudence. Une perception, même répandue, ne constitue pas une démonstration. Établir l’existence d’un favoritisme régional ou communautaire nécessiterait des données précises sur les nominations, l’emploi public, l’administration, les forces de défense et de sécurité ainsi que l’accès aux opportunités économiques. Le véritable enjeu dépasse donc l’opposition entre Nord et Sud. Il concerne l’impartialité de l’État et la confiance de chaque citoyen dans ses institutions.

 

Ne pas remplacer une frustration par une autre

 

Une République durable ne peut se construire sur la succession des frustrations. Corriger les injustices du passé ne devrait jamais conduire à en créer de nouvelles, ni à enfermer les générations présentes dans les fractures héritées de l’histoire. Le dépassement de la crise ivoirienne passe donc par des institutions fortes, transparentes et impartiales. L’enjeu n’est plus de savoir quelle communauté disposerait de davantage de pouvoir, mais de garantir que la même règle s’applique à tous.

 

La République du mérite comme nouvel horizon

 

Vingt-quatre ans après le début de la crise, l’égalité réelle des chances pourrait constituer l’un des grands chantiers de la réconciliation nationale.

 

Dans l’administration, les entreprises publiques, les forces de défense et de sécurité, l’éducation et l’accès aux responsabilités, la compétence, l’intégrité et l’intérêt général doivent rester les références communes.

 

La cohésion nationale passe également par un développement territorial équilibré. De Korhogo à Daloa, de Bondoukou à Man, de Bouaké à San Pedro, chaque jeune doit pouvoir envisager son avenir avec la même confiance dans la République.

 

Passer des principes aux actes, un pacte républicain pour l’égalité

 

Les principes ne suffisent toutefois pas. Ils doivent se traduire dans le fonctionnement concret des institutions.

 

Premièrement, renforcer la transparence des recrutements publics. Des procédures davantage numérisées, traçables et contrôlables permettraient de consolider la confiance. Lorsque cela est possible, l’anonymisation des premières étapes de sélection pourrait également limiter le poids des considérations étrangères aux compétences.

 

Deuxièmement, mieux expliciter les critères de nomination aux hautes fonctions administratives et aux directions des entreprises publiques. Sans remettre en cause les prérogatives institutionnelles de nomination, la publication des parcours, qualifications, expériences et résultats contribuerait à renforcer une culture de la compétence.

 

Troisièmement, créer un baromètre national de l’égalité des chances. Un rapport indépendant pourrait mesurer régulièrement les disparités territoriales en matière d’éducation, de santé, d’emploi, d’investissements, d’infrastructures et d’opportunités économiques. Aux perceptions, la République opposerait ainsi des données vérifiables.

 

Quatrièmement, renforcer les recours contre les discriminations. Tout citoyen estimant avoir été écarté d’une opportunité publique pour des considérations étrangères à ses compétences devrait pouvoir accéder à une procédure simple et crédible d’examen de sa situation.

 

Cinquièmement, poursuivre la réduction des inégalités territoriales. L’unité nationale se construit aussi par la qualité des écoles, des hôpitaux, des routes, des universités et des opportunités économiques disponibles dans chaque région.

 

Sixièmement, renforcer l’éducation civique et la transmission de l’histoire nationale. Les crises ivoiriennes doivent être enseignées avec rigueur et pluralité afin que les nouvelles générations en connaissent les leçons sans hériter des ressentiments de leurs aînés.

Une Conférence nationale sur l’égalité des chances et la cohésion républicaine pourrait enfin réunir périodiquement institutions, universitaires, société civile, jeunesse, secteur privé et représentants des territoires pour mesurer les progrès accomplis et identifier les déséquilibres persistants.

 

Faire du 19 septembre une leçon nationale

 

La mémoire du 19 septembre 2002 n’appartient à aucun camp ni à aucune communauté. Elle appartient à l’histoire collective de la Côte d’Ivoire. La relire vingt-quatre ans plus tard ne signifie pas rouvrir les blessures. Il s’agit de comprendre comment les frustrations politiques, identitaires et sociales ont pu fragiliser la confiance nationale et de veiller à ce que les mêmes mécanismes ne se reproduisent plus. La véritable victoire sur 2002 ne sera donc pas seulement d’avoir reconstruit des routes, des ponts, des écoles et des villes. Elle sera le jour où aucun jeune Ivoirien ne se demandera si son nom, son origine ou ses relations lui ouvrent une porte ou lui en ferment une.

 

Vingt-quatre ans après le 19 septembre 2002, voilà le pacte républicain qui reste à consolider, une Côte d’Ivoire où les origines appartiennent à chacun, mais où la République appartient à tous.

Noelle Rabe 

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