ONU : L’AFRIQUE RÉCLAME SA PLACE À LA TABLE DES PUISSANCES
Du Ghana au Nigeria, plusieurs dirigeants africains
réclament désormais que les promesses de réforme se traduisent dans
l’architecture réelle du pouvoir mondial.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a renouvelé l’appel
à une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. Son
argument repose sur le décalage entre le poids démographique et diplomatique du
continent et son absence parmi les cinq membres permanents disposant du droit
de veto.
Le Nigeria va dans le même sens et réclame au moins deux
sièges permanents pour l’Afrique. Cette position rejoint la revendication
africaine portée depuis plusieurs années dans les négociations sur la réforme
du Conseil de sécurité, avec une exigence centrale, corriger la
sous-représentation historique du continent.
Le paradoxe demeure saisissant. Créé au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale, le Conseil de sécurité reste structuré autour de cinq
membres permanents, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la
Russie. Plus de huit décennies après la création de l’ONU, aucun État africain
ne dispose de ce statut.
Cette revendication dépasse désormais la seule diplomatie
africaine. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a lui-même dénoncé à
plusieurs reprises la sous-représentation du continent dans les institutions
internationales. Mais entre la reconnaissance du problème et sa résolution
demeure un obstacle majeur, celui de la réforme de la Charte des Nations unies
et des rapports de force entre États.
Une autre question attend également les Africains. Si deux
sièges permanents étaient attribués au continent, quels pays les occuperaient
et selon quelles modalités seraient-ils désignés ? L’Afrique revendique le
droit de choisir elle-même ses représentants, mais la diversité des ambitions
nationales rend cette question particulièrement sensible.
L’enjeu dépasse pourtant les noms des futurs représentants.
Il concerne la transformation d’un ordre international largement hérité de
1945. Le monde a profondément changé depuis la création des Nations unies. La
démographie, l’économie, les enjeux sécuritaires et les nouveaux centres de
puissance ont modifié les équilibres mondiaux sans que l’architecture du
Conseil de sécurité évolue dans les mêmes proportions.
L’Afrique pose donc une question qui concerne l’ensemble du
système multilatéral. Une institution mondiale peut-elle durablement prétendre
représenter les équilibres contemporains tout en maintenant à l’écart de ses
sièges permanents un continent de 54 États ?
À New York, le Ghana et le Nigeria remettent cette
interrogation au centre des discussions. Après des décennies de revendications,
le débat se déplace progressivement du principe vers les modalités concrètes de
la réforme.
L’Afrique ne demande plus seulement que sa voix soit
entendue. Elle réclame que son poids diplomatique se traduise dans les
institutions où se prennent les décisions qui engagent la paix et la sécurité
internationales. La bataille est ancienne. Sa résolution, elle, reste à écrire.

