YAYA FOFANA, SEPT LIVRES POUR PENSER LA CÔTE D’IVOIRE AUTREMENT
Sept ouvrages, plusieurs registres,
une même volonté de questionner la Côte d’Ivoire. De la gouvernance à la
mémoire politique, du récit personnel au civisme et à la place des femmes, Yaya
Fofana construit progressivement une bibliothèque de réflexion sur la société
ivoirienne et l’Afrique contemporaine.
Dans un paysage dominé par
l’immédiateté des réseaux sociaux et la succession rapide des controverses,
Yaya Fofana fait le choix du temps long. Celui du livre, de la mémoire et de la
confrontation des idées. Ses sept ouvrages dessinent les contours d’une
production éditoriale plurielle où se croisent politique, gouvernance,
citoyenneté, histoire, identité et engagement.
Avec « La Côte d’Ivoire d’abord,
Sortir du piège des clans », l’auteur investit directement le terrain
politique. Il y défend une conception de la Nation placée au-dessus des
appartenances partisanes, des fidélités personnelles et des logiques de clans.
L’ouvrage interroge les mécanismes qui structurent la vie publique et plaide
pour que l’intérêt général retrouve une place centrale dans l’action politique.
Cette réflexion sur l’État se
poursuit avec « Gouverner autrement ». Le propos se déplace vers l’exercice du
pouvoir et surtout vers sa finalité. Responsabilité, justice, confiance,
efficacité publique et solidité institutionnelle structurent cette réflexion
sur la relation entre gouvernants et gouvernés. À travers cet ouvrage, Yaya
Fofana défend une conception du pouvoir qui ne se mesure plus seulement à la
capacité de décider, mais aussi à celle de produire des résultats, de renforcer
la responsabilité publique et d’entretenir la confiance des citoyens.
L’histoire politique ivoirienne
constitue un autre territoire de cette production. Avec « Cinq destins au
Terminus », Yaya Fofana revisite cinq trajectoires qui ont marqué différentes
séquences de la Côte d’Ivoire contemporaine. Félix Houphouët-Boigny, Henri
Konan Bédié, Robert Guéi, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara deviennent les
points d’entrée d’une lecture de plusieurs décennies de construction nationale,
de crises, de ruptures et de recompositions.
L’intérêt de cette démarche ne réside
pas seulement dans les personnalités évoquées. Derrière les hommes apparaît une
question plus vaste, celle de l’héritage politique laissé aux générations
suivantes. Le pouvoir passe, les époques changent, mais les décisions prises au
sommet de l’État continuent souvent de produire leurs effets longtemps après
ceux qui les ont portées.
Avec « Né et grandi à Daloa », le
registre change. L’auteur revient vers l’expérience personnelle, le territoire
et les racines. Daloa devient le décor d’une trajectoire individuelle, mais
également le miroir d’une Côte d’Ivoire façonnée par les rencontres, les
migrations, l’agriculture, le commerce et le brassage des populations. Le récit
personnel rejoint alors une mémoire collective et donne à voir le pays depuis
ses territoires et ses réalités humaines.
Cette dimension se prolonge avec «
Femme africaine, lumière du monde ». Au-delà de l’hommage, l’ouvrage interroge
la place souvent centrale mais insuffisamment racontée des femmes dans la
transmission familiale, l’activité économique et les transformations sociales
africaines. Yaya Fofana y porte un regard sur leur contribution à la
construction des familles, des communautés et, plus largement, du continent.
« Mon respect à mon lieutenant, Au
service du drapeau » explore un territoire plus singulier. En consacrant un
ouvrage aux femmes en uniforme, l’auteur s’intéresse à des citoyennes dont
l’engagement demeure relativement peu représenté dans la littérature destinée
au grand public. Discipline, devoir, courage et service de la République
composent ici une réflexion sur ces femmes qui ont choisi de servir la Nation
sous l’uniforme.
Le regard franchit également les
frontières ivoiriennes avec « Ce que le Rwanda m’a appris sur le citoyen
nouveau ». L’expérience rwandaise sert de point de départ à une réflexion sur
le civisme, la discipline collective, la mémoire, la reconstruction et la
responsabilité individuelle. Il ne s’agit pas, dans la démarche de l’auteur, de
présenter un modèle à reproduire mécaniquement, mais d’observer une expérience
africaine et d’en tirer des interrogations susceptibles d’alimenter le débat
ivoirien.
À première vue, ces sept ouvrages
pourraient apparaître très différents. Pourtant, une cohérence se dégage
progressivement. Derrière la politique, l’histoire, Daloa, le Rwanda, la
condition féminine ou les institutions se retrouve une préoccupation commune,
celle du citoyen et de sa responsabilité dans la construction nationale.
Au fond, une interrogation traverse
cette œuvre en construction. Quelle société la génération présente entend-elle
transmettre à celle qui vient ?
Cette question résonne
particulièrement dans une Afrique où une jeunesse nombreuse réclame davantage
de perspectives, tandis que les États doivent répondre simultanément aux défis
du développement, de la cohésion nationale et de la confiance publique.
La bataille du développement est
aussi une bataille des idées, des récits et de la mémoire.
C’est précisément là que le livre
retrouve toute sa fonction. Il oblige à sortir du commentaire instantané. Il
conserve les idées lorsque les polémiques disparaissent. Il documente une
époque, confronte des visions et transmet aux générations suivantes les
interrogations de celles qui les ont précédées.
À travers ces sept publications, Yaya
Fofana semble ainsi constituer progressivement une bibliothèque de réflexion sur
la Côte d’Ivoire. Certains titres remontent vers la mémoire, d’autres
interrogent l’exercice du pouvoir, plusieurs observent la société tandis que
quelques-uns ouvrent la réflexion vers d’autres expériences africaines.
Cette diversité révèle une ambition
éditoriale plus large que la simple succession de publications. La démarche
consiste à regarder la Côte d’Ivoire sous plusieurs angles, à interroger son
histoire politique, à mettre en lumière certaines figures sociales, à examiner
les responsabilités du citoyen et à participer à la conversation sur l’avenir
de la République.
Une conviction semble traverser
l’ensemble de ces ouvrages. Pour l’auteur, une nation ne se construit pas
seulement avec des routes, des ponts, des immeubles et des indicateurs économiques.
Elle se construit aussi avec une mémoire partagée, des institutions respectées,
des citoyens responsables et une capacité collective à penser l’avenir.
C’est sans doute dans cette
continuité que les sept titres prennent leur véritable dimension. Pris
séparément, ils abordent des univers différents. Réunis, ils dessinent
progressivement une même cartographie intellectuelle où la mémoire éclaire le
présent, où le citoyen rencontre la République et où l’expérience ivoirienne
dialogue avec les transformations du continent africain.
Dans une époque où l’information se
consomme rapidement et où les débats disparaissent parfois aussi vite qu’ils
surgissent, Yaya Fofana fait donc un autre pari, celui de laisser des traces.
Sept livres aujourd’hui, plusieurs
interrogations demain, mais déjà les contours d’une bibliothèque consacrée à la
Côte d’Ivoire, à ses mémoires, à ses citoyens et à ses futurs possibles.
La Rédaction

