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L’orpaillage clandestin cause 4500 milliards f cfa de manque à gagner à l’Etat

AfriqueVérité 30 Août 2026 - 14H57 vues
Au delà des menaces sociales et environnementales , l'orpaillage fait perdre énormément d'argent à l'Etat.

L’or ivoirien connaît une expansion remarquable. Mais derrière la progression de l’industrie minière légale prospère une économie clandestine qui inquiète autant par son ampleur que par ses conséquences économiques, environnementales et sociales. Le Syndicat des acheteurs et vendeurs d’or et de diamants de Côte d’Ivoire (SAVOD-CI) vient de remettre cette question au centre du débat en évoquant un manque à gagner annuel de 4 500 milliards de FCFA pour l’État lié à l’orpaillage clandestin.

Ce montant spectaculaire doit toutefois être considéré avec prudence. Il s’agit d’une estimation avancée par le SAVOD-CI et non, à ce stade, du résultat d’un audit public indépendant dont la méthodologie aurait été rendue publique. Mais au-delà du chiffre, le problème soulevé est considérable. Une partie de l’or extrait clandestinement échappe aux circuits officiels, à la fiscalité, aux mécanismes de traçabilité et aux obligations environnementales. C’est donc toute une économie parallèle qui peut se développer autour d’une ressource stratégique nationale.

La Côte d’Ivoire a pourtant considérablement renforcé son dispositif de lutte. Selon les chiffres avancés par le SAVOD-CI, le pays serait passé d’environ 8 000 sites illégaux en 2022 à moins de 1 000 aujourd’hui, évolution attribuée notamment aux opérations conduites contre l’orpaillage clandestin. Des dragues sont régulièrement détruites, des installations démantelées et des suspects interpellés. Ces résultats témoignent d’une pression accrue de l’État, mais soulèvent une question essentielle : détruire les sites suffit-il si les réseaux économiques capables d’acheter, transporter et écouler clandestinement l’or continuent d’exister ?

Car l’orpaillage clandestin ne se résume pas à quelques hommes creusant la terre dans des zones reculées. Pour qu’un gramme d’or extrait illégalement devienne de l’argent, toute une chaîne peut intervenir, des exploitants aux intermédiaires, en passant par les acheteurs, transporteurs et circuits de commercialisation. C’est probablement sur cette chaîne de valeur que devra désormais se déplacer une partie de la bataille. Identifier l’origine de l’or, contrôler davantage les transactions et renforcer la traçabilité permettraient de rendre plus difficile l’intégration de la production clandestine dans les circuits commerciaux.

L’enjeu est également environnemental. L’exploitation aurifère incontrôlée peut dégrader les terres agricoles, perturber les cours d’eau et exposer les populations à des substances dangereuses. Le problème dépasse donc largement les seules recettes fiscales. Lorsqu’un territoire agricole est durablement endommagé, la collectivité peut perdre simultanément des terres cultivables, des ressources hydriques et des possibilités de développement local.

 

Combattre l’orpaillage clandestin impose cependant de ne pas confondre exploitation artisanale et exploitation illégale. Une activité artisanale autorisée, encadrée et soumise aux obligations environnementales peut participer à l’économie locale et créer des emplois. La formalisation des artisans constitue donc un autre volet essentiel de la stratégie. Il s’agit non seulement de fermer les sites clandestins, mais également de créer des mécanismes permettant aux acteurs nationaux de rejoindre progressivement l’économie minière légale.

Cette problématique devient d’autant plus stratégique que la Côte d’Ivoire ambitionne de renforcer son industrie aurifère. Le développement de nouveaux projets miniers montre le potentiel considérable du sous-sol national. Pour l’État, l’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage d’or, mais de s’assurer que cette richesse génère effectivement des recettes fiscales, des emplois, des marchés pour les entreprises locales et des investissements durables dans les territoires producteurs.

Le SAVOD-CI annonce désormais la préparation d’un Livre blanc destiné au gouvernement, avec des propositions pour améliorer notamment la traçabilité et renforcer l’assainissement du secteur. Cette initiative pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la politique aurifère ivoirienne, celle du passage d’une stratégie essentiellement centrée sur la destruction des sites clandestins à une politique intégrant l’ensemble de la chaîne économique de l’or.

La véritable bataille est celle de la souveraineté sur la ressource. Produire de l’or ne suffit pas. Encore faut-il savoir combien est extrait, par qui, dans quelles conditions, à qui il est vendu, par quels circuits il transite et quelle part de cette richesse revient effectivement à la collectivité nationale.

Si l’estimation de 4 500 milliards de FCFA avancée par les professionnels doit encore être documentée et confrontée aux données publiques, elle remet une question fondamentale au centre du débat. Dans un pays qui veut accélérer son développement et mobiliser davantage de ressources nationales, l’or qui échappe au circuit formel représente potentiellement une richesse qui ne participe pas pleinement au financement du développement.

L’or clandestin n’est donc plus seulement une affaire de mines. C’est désormais une question de fiscalité, d’environnement, de sécurité économique, de gouvernance des ressources naturelles et, finalement, de souveraineté nationale.

Noëlle Rabe 

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