Cajou : Une nouvelle usine à Toumodi pour accélérer la transformation locale
Produire davantage ne
suffit plus. Pour la Côte d’Ivoire, grande puissance mondiale de la noix de
cajou, le véritable défi consiste désormais à transformer une part croissante
de cette richesse sur son propre territoire. Toumodi s’inscrit progressivement
au cœur de cette ambition. Les investissements réalisés dans la transformation
de l’anacarde témoignent d’une orientation économique devenue stratégique pour
le pays : passer d’une économie principalement productrice de matières
premières à une économie capable de créer davantage de valeur ajoutée
localement. Avec une production nationale dépassant le million de tonnes de
noix de cajou, la Côte d’Ivoire dispose d’un potentiel considérable. Mais
derrière cette performance agricole se joue désormais une bataille plus
décisive, celle de l’industrialisation.
Toumodi au cœur d’une
nouvelle dynamique industrielle
Le développement des
capacités de transformation dans la région traduit une volonté de rapprocher
progressivement les industries des bassins de production. Cette évolution
pourrait modifier durablement la vocation économique de Toumodi. Le département
ne serait plus seulement associé à la production agricole, mais pourrait
devenir l’un des maillons d’un réseau de pôles agro-industriels capables de
créer de la richesse au cœur des territoires. L’enjeu dépasse ainsi la seule
filière cajou. Il s’agit de construire autour de l’agriculture des chaînes de
valeur intégrant production, transformation, stockage, transport, conditionnement
et commercialisation. C’est dans cette articulation entre agriculture et
industrie que pourrait se jouer une partie de la prochaine transformation
économique ivoirienne.
Produire ne suffit
plus, il faut transformer
Pendant plusieurs
décennies, une grande partie des économies africaines s’est développée autour
de l’exportation de matières premières peu ou pas transformées. Ce modèle
présente une faiblesse structurelle. Lorsqu’une matière première quitte le pays
avant d’être transformée, une part importante de sa valeur ajoutée, des emplois
industriels et des compétences technologiques qu’elle peut générer est créée ailleurs.
La transformation locale du cajou répond précisément à cette problématique. Transformer
en Côte d’Ivoire, c’est conserver davantage de richesse dans l’économie
nationale. C’est également développer des métiers industriels, renforcer les
compétences locales et faire émerger de nouvelles entreprises autour de la
chaîne de production. La puissance agricole d’un pays ne se mesure plus
seulement à ce qu’il produit. Elle se mesure désormais à sa capacité à
transformer ce qu’il produit.
L’emploi, autre enjeu
majeur
L’industrialisation
du cajou représente également une opportunité importante pour l’emploi. L’implantation
d’unités de transformation dans les régions peut favoriser l’insertion
professionnelle des jeunes, renforcer l’emploi féminin et contribuer à une
meilleure répartition des activités économiques sur le territoire. Une usine ne
crée pas uniquement des emplois à l’intérieur de ses murs. Elle entraîne dans son
sillage toute une économie. Transporteurs, producteurs, fournisseurs,
commerçants, techniciens, logisticiens, entreprises de maintenance et
prestataires locaux peuvent bénéficier de l’activité générée. L’enjeu devient
alors territorial. Il s’agit de faire de l’industrialisation un instrument de
développement local capable de créer des bassins d’emplois et de retenir
davantage de compétences en dehors d’Abidjan.
La compétitivité
reste le véritable test
Construire des usines
constitue une étape. Les rendre compétitives et durables en constitue une
autre. Les unités de transformation doivent pouvoir bénéficier d’un
approvisionnement régulier en matières premières, d’un accès adapté au
financement, d’une énergie compétitive, d’infrastructures performantes et de
débouchés suffisamment importants. La réussite de la politique de
transformation dépendra donc autant du nombre d’usines installées que de leur
capacité à fonctionner durablement et à affronter la concurrence
internationale. Une usine inaugurée représente une ambition. Une usine qui
produit durablement, crée des emplois et conquiert des marchés représente une
véritable réussite industrielle.
Conquérir davantage
la chaîne de valeur
La Côte d’Ivoire peut
cependant aller encore plus loin. Transformer la noix brute en amande constitue
une avancée, mais l’ambition industrielle pourrait progressivement s’étendre au
conditionnement, aux produits dérivés, à la création de marques nationales et à
la commercialisation directe sur les marchés internationaux. L’objectif serait
alors de ne plus seulement vendre une matière première ou un produit
semi-transformé, mais de proposer des produits finis portant une véritable identité
industrielle ivoirienne. Produire ivoirien, transformer ivoirien, conditionner
ivoirien et vendre ivoirien au monde entier. Cette ambition pourrait devenir
l’un des moteurs d’une nouvelle politique industrielle. Du géant agricole à la
puissance agro-industrielle À travers le développement de la transformation du
cajou à Toumodi, c’est finalement une question beaucoup plus large qui se pose.
Comment la Côte d’Ivoire peut-elle transformer sa puissance agricole en
puissance industrielle ?
Le cacao, le cajou,
le café, le coton, l’hévéa, le palmier à huile et les autres productions
nationales constituent une base exceptionnelle. La prochaine étape consiste à
faire en sorte qu’une part toujours plus importante de la richesse issue de ces
filières soit créée sur le territoire ivoirien.
Le prochain grand
saut économique du pays pourrait précisément se trouver là.
Non plus seulement
dans l’augmentation des volumes produits, mais dans la transformation,
l’innovation, la création de marques, l’exportation de produits finis et la
conquête de nouveaux marchés. Car lorsqu’un pays exporte essentiellement ses
matières premières, il laisse partir une partie de leur valeur. Lorsqu’il les
transforme, il crée des emplois, développe des compétences et construit sa
puissance économique. Toumodi peut ainsi devenir bien davantage qu’une terre
d’implantation industrielle. Le département peut incarner cette nouvelle
ambition nationale : faire progressivement de la Côte d’Ivoire non seulement
une puissance agricole mondiale, mais une véritable puissance agro-industrielle
africaine.
Noëlle Rabe

