L’ECO en 2027 : la CEDEAO relance le compte à rebours monétaire
Après des années de reports, l’ECO revient au premier plan.
La CEDEAO maintient l’objectif d’un lancement en 2027 et accélère les
préparatifs. Mais entre convergence économique inachevée, coexistence du franc
CFA et des monnaies nationales, poids du Nigeria et recomposition politique
régionale, fixer une date reste plus facile que construire une monnaie
crédible. Réuni le 7 septembre 2026, le Conseil de convergence de la CEDEAO a
examiné les performances économiques des États membres et les conditions restant
à remplir. L’échéance de 2027 est toujours considérée comme réalisable, avec
une approche progressive permettant aux pays remplissant les critères de
convergence d’intégrer l’ECO avant les autres. Cette formule évite d’attendre
que tous les États soient prêts simultanément, mais ouvre la perspective d’une
intégration monétaire à plusieurs vitesses.
La convergence reste le juge de paix
Une monnaie commune exige davantage qu’une décision
politique. Inflation, déficits publics, dette, réserves de change et stabilité
macroéconomique devront être suffisamment maîtrisés. Le véritable défi n’est
donc pas de créer des billets portant le nom ECO, mais de faire fonctionner
durablement une même monnaie entre des économies aux structures et performances
différentes.
Le Nigeria incontournable
Par son poids démographique et économique, le Nigeria sera
déterminant. Une ECO sans engagement fort d’Abuja perdrait une partie de sa
portée, mais la puissance nigériane pose aussi la question de l’équilibre entre
les membres. Le futur système devra bénéficier du poids du Nigeria sans donner
aux économies plus petites le sentiment d’entrer dans une zone dominée par un
seul État.
Le franc CFA au cœur de l’équation
Pour les pays de l’UEMOA, déjà liés par le franc CFA, une
banque centrale et des mécanismes monétaires communs, la transition sera
particulièrement délicate. Il faudra définir la future autorité monétaire, la
gestion des réserves, le régime de change et les mécanismes de solidarité.
L’équation est d’autant plus complexe que le Burkina Faso, le Mali et le Niger
ont quitté la CEDEAO tout en restant membres de l’UEMOA. La géographie
politique et la géographie monétaire de l’Afrique de l’Ouest ne coïncident donc
plus totalement.
De la souveraineté à la crédibilité
L’ECO porte une ambition de souveraineté et d’intégration
régionale, mais une monnaie ne devient pas forte par décret. Sa valeur reposera
sur la discipline des États, la solidité des institutions, les réserves
disponibles et surtout la confiance des populations, des entreprises, des
banques et des investisseurs. Mal préparée, elle pourrait créer de nouvelles
incertitudes. Solidement construite, elle pourrait faciliter les échanges et
approfondir le marché régional.
2027, l’année de vérité
Après plusieurs échéances repoussées, la relance du projet
devra désormais se traduire par des décisions concrètes. La question n’est plus
seulement de savoir si l’ECO sera lancé en 2027, mais quels pays seront
réellement prêts, selon quelles règles et avec quelles garanties de stabilité.
L’Afrique de l’Ouest n’a pas simplement besoin d’une nouvelle monnaie. Elle a
besoin d’une monnaie suffisamment crédible pour inspirer confiance à ceux qui
l’utiliseront.
Noëlle Rabe

