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Emploi des jeunes : La question du véritable emploi se pose avec acuité

AfriqueVérité 05 Sep 2026 - 18H40 vues
Tous les ans , le marché de l'emploi est bondé de jeunes demandeurs d'emplois.En retour , ils ont de nombreuses offres dont le contenu laisse à désirer.

La Côte d’Ivoire multiplie depuis plusieurs années les programmes d’insertion, les formations professionnelles, les stages, les dispositifs d’accompagnement et les partenariats avec le secteur privé en faveur de la jeunesse. Cette dynamique traduit une volonté de faire de l’emploi des jeunes une priorité nationale. Mais derrière les annonces et les chiffres demeure une question essentielle. Ces opportunités conduisent-elles réellement à des emplois stables et durables ? L’enjeu n’est plus seulement de proposer des milliers de stages, de formations ou d’opportunités ponctuelles. Il faut désormais mesurer ce qu’ils deviennent six mois, un an ou deux ans plus tard. Combien de jeunes formés obtiennent effectivement un emploi ? Combien de stages débouchent sur un contrat ? Quels sont les niveaux de rémunération et la durée des emplois proposés ? Ce sont ces indicateurs qui permettront d’apprécier l’efficacité réelle des politiques d’insertion.

 

Passer de l’opportunité à l’emploi durable

 

Un stage peut constituer une excellente porte d’entrée dans le monde professionnel et une formation donner à un jeune des compétences recherchées. Mais lorsque ces dispositifs s’enchaînent sans déboucher sur une véritable insertion, le risque est de créer une génération perpétuellement en transition entre formation, stage et recherche d’emploi. Chaque dispositif devrait donc intégrer davantage la question de l’après. La réussite ne peut se limiter au nombre de bénéficiaires enregistrés, mais doit également prendre en compte le taux d’embauche, la stabilité des contrats, la progression professionnelle et les revenus obtenus.Le défi concerne aussi l’adéquation entre les compétences disponibles et les besoins du marché. Certaines entreprises recherchent des profils techniques ou spécialisés tandis que de nombreux jeunes diplômés peinent à trouver leur premier emploi. Industrie, agriculture moderne, logistique, transport, bâtiment, énergie, numérique, maintenance, tourisme et services constituent autant de secteurs susceptibles de créer des emplois. Former pour obtenir un diplôme reste important. Former pour exercer effectivement un métier devient indispensable.

 

Faire du secteur privé un moteur d’emploi

 

L’État peut financer des programmes, faciliter les formations et mettre en place des mécanismes d’accompagnement, mais il ne peut à lui seul absorber tous les demandeurs d’emploi. La création massive d’emplois durables dépendra largement de la capacité du secteur privé à investir, se développer et recruter. Renforcer les passerelles entre entreprises et jeunes demandeurs d’emploi devient donc essentiel. Les petites et moyennes entreprises doivent également être davantage soutenues. Faciliter leur accès au financement, simplifier certaines démarches et accompagner leur croissance revient indirectement à renforcer leur capacité d’embauche. L’emploi des jeunes doit ainsi être considéré non seulement comme une politique sociale, mais comme une composante centrale de la politique économique nationale.

 

Décentraliser les opportunités

 

La politique d’emploi ne doit pas se concentrer uniquement sur Abidjan. Bouaké, San Pedro, Korhogo, Daloa, Yamoussoukro, Man et les autres villes du pays disposent de potentiels économiques importants. Agriculture, transformation locale, commerce, industrie, tourisme et services peuvent devenir de puissantes sources d’activité. Décentraliser davantage les programmes d’insertion, permettraient de rapprocher les opportunités des jeunes tout en contribuant au développement économique des territoires. Un jeune ne devrait pas être obligé de rejoindre Abidjan pour espérer construire son avenir professionnel. Créer des bassins régionaux d’emploi permettrait également de réduire les déséquilibres territoriaux et de mieux valoriser les ressources économiques locales.

 

L’entrepreneuriat ne peut pas être la seule réponse

Face au chômage, l’entrepreneuriat est souvent présenté comme une solution. Il constitue effectivement une voie importante, mais tous les jeunes n’ont ni la vocation ni les moyens de devenir entrepreneurs. Créer une entreprise nécessite un marché, des compétences, du financement, un accompagnement et une capacité à supporter le risque.Il faut donc éviter de transformer l’entrepreneuriat en réponse automatique à l’absence d’emploi salarié. Une économie équilibrée a besoin d’entrepreneurs, mais également de techniciens, d’ouvriers qualifiés, d’ingénieurs, de commerciaux, de spécialistes du numérique et de nombreux autres professionnels.

 

Passer des annonces aux résultats

La prochaine étape doit être celle de l’évaluation. Communiquer sur le nombre de bénéficiaires des programmes est utile, mais publier également leur devenir professionnel permettrait d’identifier les dispositifs les plus performants et d’améliorer ceux qui produisent moins de résultats. La Côte d’Ivoire dispose d’une jeunesse nombreuse qui représente une formidable réserve d’énergie, de créativité et de compétences. Mais cette jeunesse attend que la croissance économique se traduise davantage en perspectives professionnelles concrètes. La bataille de l’emploi ne sera pas gagnée lorsque des milliers d’opportunités auront été annoncées. Elle le sera lorsque davantage de jeunes pourront vivre dignement de leur travail, construire un projet de vie et envisager l’avenir avec confiance. Après le temps des programmes et des opportunités doit venir celui des résultats. Pour un jeune, la meilleure politique de l’emploi reste celle qui conduit effectivement à un métier, à un revenu digne et à une perspective d’avenir.

Noelle Rabe 

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