Prix du kilo de cacao à 1200 f : Des associations de producteurs déposent des préavis de grève
Après plusieurs
campagnes marquées par une forte revalorisation du cacao, la perspective d’un
prix bord champ de 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale
2026-2027 provoque un véritable choc dans le monde agricole ivoirien. Selon nos sources , plusieurs associations de producteurs, en plus de
réclamer la tête du Directeur Général du conseil café cacao (Ccc) viennent de
déposer des préavis de grève. Le contraste est saisissant avec les 2 800 FCFA
le kilogramme de la campagne précédente. Pour des milliers de producteurs qui
avaient commencé à retrouver des marges financières plus confortables, une
telle baisse constitue bien davantage qu’une simple correction des cours. Elle
remet brutalement au premier plan la vulnérabilité du planteur face aux
retournements du marché mondial.
La Côte d’Ivoire demeure au cœur de l’économie mondiale du
cacao. Pourtant, cette position stratégique ne protège pas automatiquement ses
producteurs contre la volatilité internationale. Lorsque les cours progressent,
les attentes augmentent, les investissements reprennent et les familles
adaptent leurs dépenses aux nouveaux revenus. Lorsque la tendance s’inverse,
ces mêmes ménages ruraux absorbent directement une partie du choc. Le passage
de 2 800 à 1 200 FCFA représenterait une diminution de plus de la moitié du
prix payé au producteur. Pour une exploitation familiale dépendant
essentiellement du cacao, les conséquences peuvent rapidement toucher la
scolarité des enfants, les soins, l’entretien des plantations, le remboursement
des dettes et les investissements de la campagne suivante.
Cette situation pose surtout la question du modèle
économique ivoirien du cacao. La bataille ne peut plus seulement consister à
produire davantage de fèves et à attendre que les marchés internationaux
déterminent l’essentiel de leur valeur. La Côte d’Ivoire doit accélérer la
transformation locale et remonter progressivement la chaîne de valeur.
L’augmentation annoncée des capacités nationales de transformation constitue
une évolution importante, mais elle ne suffira pas si cette industrialisation
ne génère pas davantage d’emplois, d’entreprises ivoiriennes, de recettes
nationales et surtout une amélioration durable des revenus des producteurs.
Le véritable défi consiste à transformer la puissance
agricole ivoirienne en puissance industrielle. Le cacao vendu sous forme de
fèves n’est qu’une étape d’une chaîne conduisant au beurre, à la poudre, à la
pâte, au chocolat et à de nombreux produits finis à plus forte valeur ajoutée.
L’ambition devrait être de produire, transformer, fabriquer, développer des
marques ivoiriennes et conquérir progressivement les marchés africains et
internationaux. Dans le même temps, le renouvellement des générations devient
urgent. Comment convaincre les jeunes de reprendre les plantations familiales lorsque
leurs revenus peuvent connaître des variations aussi brutales d’une campagne à
l’autre ? Moderniser la cacaoculture suppose de rendre le métier de planteur
économiquement attractif, technologiquement moderne et socialement valorisant.
Le retournement annoncé doit également relancer le débat sur
les mécanismes de stabilisation. Dans une filière aussi stratégique, protéger
les producteurs contre les fluctuations excessives dépasse la seule politique
agricole. Il s’agit également d’un enjeu social et territorial. Le planteur ne
peut être considéré comme indispensable lorsque les cours flambent et devenir
la principale variable d’ajustement lorsque le marché se retourne. La Côte
d’Ivoire a construit une partie considérable de son développement sur le cacao
et plusieurs générations de producteurs ont contribué à cette prospérité
nationale.
Le cacao à 1 200 FCFA apparaît ainsi comme un avertissement.
Tant que la prospérité des campagnes dépendra aussi fortement d’un marché
international décidé loin des plantations ivoiriennes, chaque retournement
pourra se transformer en choc économique et social. La prochaine révolution du
cacao ivoirien devra donc être celle de la transformation, de la valeur
ajoutée, de la protection des producteurs et d’un partage plus durable de la
richesse. La véritable question n’est plus seulement de savoir combien de
tonnes la Côte d’Ivoire peut produire, mais quelle part de la richesse créée
par son cacao restera réellement entre les mains de ceux qui le cultivent et
dans l’économie nationale.
Noelle Rabe

